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L’île Émeraude perd de sa valeur

Il n’y a pas qu’au Liban que la rue gronde contre les institutions. Au Sri Lanka, petite île bien connue au sud de l’Inde, la pression de la rue a mis l’exécutif en déroute. Dans ce pays de tout de même vingt-trois millions d’habitants, c’est la crise économique, en partie provoquée par notre cher Covid-19, et l’incapacité d’une classe politique jugée inapte à gouverner qui ont conduit à cette situation explosive.

Alors que sa résidence était sur le point d’être envahie par les manifestants, le président de la République Gotabaya Rajapaksa a été contraint de s’enfuir de sa propre capitale et d’annoncer sa démission ainsi que celle de son premier ministre dans la foulée. Démissions qui n’ont pour le moment toujours pas pris effet. Petite synthèse sur ce qui se passe en ce moment dans ce qu’on surnomme « l’Île Emeraude».

Un état des lieux politico-économique catastrophique : une crise aux origines anciennes comme récentes

Comme subodoré en intro, la petite île de l’Océan Indien fait face à de graves problèmes économiques structurels, des problèmes qui pendaient déjà au nez du pays avant la crise du Covid-19 et qui, comme au Liban, se sont décuplés avec l’arrivée de la crise, dans un pays essentiellement tourné vers le tourisme et qui s’est vu impacté déjà avec les attentats djihadistes de 2019.

Auparavant, les problèmes n’étaient que politiques puisque le Sri Lanka sortait de près de trente ans de guerre civile entre 1983 et 2009. Considéré comme le vainqueur de la guerre, le très populaire Mahinda Rajapaksa est intronisé président de la République. Et cela ne vous a pas échappé ; oui, Mahinda Rajapaksa est le frère de l’actuel président en voie de déchéance : Gotabaya Rajapaksa.

En 2015, le très tumultueux Mahinda refuse d’abandonner le pouvoir à la suite des élections qu’il perd cette année-là. Il tente d’abord un coup d’État contre le vainqueur, Maithripala Sirisena, puis s’intronise premier ministre, déclenchant par là une crise constitutionnelle dans le pays. Il finit par quitter son poste avant d’être rappelé par le président, son frère. Un bel imbroglio d’autant plus que ce cercle très fermé d’hommes politiques semble tourner au sein des hautes sphères du pouvoir.

Tout ceci nous amène à avril dernier où Mahinda présente une nouvelle fois sa démission, ce qui provoque les premiers heurts dans le pays entre des partisans et des opposants. Le nouveau premier ministre (à qui Mahinda avait contesté le poste), Ranil Wickremesinghe l’annonce alors :  « Les deux prochains mois seront les plus difficiles de notre vie ».

En effet, le pays est en panne sèche de liquidités. Il est en défaut de paiement sur ses dettes extérieures (qui sont détenues en grande partie par la Chine) à cause notamment d’un manque d’essence et de médicaments. Mais malgré un coup de pouce de la Banque Mondiale et une suspension unilatérale du remboursement, les prix continuent de s’envoler et la pénurie s’enlise. Des files de plusieurs kilomètres se forment dans les stations service et des énormes coupures de courant affectent la population. C’est pour cette raison que des images spectaculaires d’envahissement des bâtiments institutionnels nous sont parvenues.

A l’heure actuelle, le président Gotabaya a fui aux Maldives tandis que son premier ministre, qui a pourtant annoncé lui aussi son départ du pouvoir, assure l’intérim. Il a dû aussi s’enfuir, sa maison et sa résidence officielle ayant également été pris d’assaut.

Une « victoire » indécise qui laisse présager un avenir incertain

L’avenir du pays est très incertain tant politiquement qu’économiquement. Il est clair que l’ambiance actuelle ne laisse pas présager un climat explosif comme celui d’une guerre civile mais il faut que les institutions du pays puissent assurer la transition du pays comme le prévoient les textes. Le Parlement doit élire un député pour que celui-ci assure l’intérim jusqu’à la fin du mandat en cours mais rien ne dit que le contesté Premier ministre Ranil Wickremesinghe rendra le pouvoir à ce moment-là, celui-ci requérant un « gouvernement d’union nationale ».

Côté économie, les négociations sont lancées avec le Fonds Monétaire International mais ce sont sûrement des politiques d’austérité importante qui attendent le pays si un accord est trouvé. Pour la population, les boucliers restent levés, les annoncent de départ ne seront vraies que lorsqu’elles seront effectives selon eux.


https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/10/au-sri-lanka-apres-la-fuite-des-dirigeants-la-peur-du-chaos_6134180_3210.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/09/sri-lanka-le-president-gotabaya-rajapaksa-annonce-sa-demission_6134095_3211.html

https://www.leparisien.fr/international/sri-lanka-fuite-du-president-etat-durgence-defaut-de-paiement-5-minutes-pour-comprendre-la-situation-13-07-2022-DXUT3PUKU5CINGWV2DXZRRR6XY.php

 

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