Hommage à Christian Boltanski

Lors de sa première exposition au théâtre du Ranelagh en 1968, la poétesse Gisèle Prassinos écrit à propos de Christian Boltanski qu’il « montre avec insistance la misère, la vieillesse, la solitude et la mort ». La mort, centrale dans l’oeuvre de l’artiste né en 1944, l’a rattrapé le 14 juillet 2021 des suites d’un cancer.

Boltanski est considéré comme l’un des principaux artistes contemporains français. Il est marqué par l’histoire. Sa mère était catholique et son père était juif d’origine russe : ce dernier a du se cacher sous le plancher de chez lui pendant la Seconde Guerre Mondiale. La Shoah l’a énormément marqué dans sa vie personnelle, même s’il ne l’a pas représentée directement dans son travail. Boltanski cherche en effet à représenter des éléments individuels, tandis qu’il veut que la Shoah soit universelle.

Il commence la peinture en 1958 alors qu’il est encore adolescent, représentant des des scènes assez sombres ou des scènes historiques. Il s’en éloigne à partir de 1967 pour se consacrer à d’autres modes d’expression comme la photographie, la rédaction de lettres, la sculpture ou la réalisation d’installations. Il cherche son inspiration dans la vie, en faisant notamment de la sienne une part importante de son travail. Pour caractériser son œuvre, on parle souvent de « mythologie » : Boltanski ne crée pas toujours des œuvres totalement imprégnées de réel, mais semble s’inventer une biographie. Il utilise parfois des objets qui ne lui ont pas appartenu ou retravaille des photos. Lors d’un podcast pour France Culture (Christian Boltanski : l’art et la mémoire), il déclare :

« La grande chose de l’art c’est qu’on ne peut parler que de soi, mais que chaque personne qui regarde votre œuvre pense qu’elle est faite pour elle ».

Christian Boltanski

Il communique ainsi un désir de partage, de création dans laquelle tout le monde peut se reconnaître.

Christian Boltanski écrit en 1969 dans Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance : « Mais l’effort qui reste à accomplir est grand et combien se passera-t-il d’années, occupé à chercher, à étudier, à classer, avant que ma vie soit en sécurité, soigneusement rangée et étiquetée dans un lieu sûr, à l’abri du vol, de l’incendie et de la guerre atomique, d’où il soit possible de la sortir et la reconstituer à tout moment, et que, étant alors assuré de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer ». Ceci peut faire écho à une installation réalisée en 2001 par l’artiste et conservée au Centre Pompidou, La vie impossible de C.B.

Dans une pièce sombre sont accrochées au mur vingt vitrines. A l’intérieur de chaque vitrine, une lampe éclaire les archives personnelles de l’artiste. Le visiteur se retrouve ainsi devant des lettres écrites à l’artiste, des photos, des cartes, tellement d’éléments personnels qui nous donnent l’impression d’envahir la vie privée de l’artiste. Ce partage est extrêmement touchant, et il résonne d’autant plus depuis qu’il ne peut plus être alimenté par Boltanski. Au repos, l’artiste.

Source : Christian Boltanski, La vie impossible de C.B., 2001, centrepompidou.fr

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