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Les micro-forêts urbaines

Récemment, un nouvel élan vers la biodiversité en ville est né : créer des micro-forêts au sein même de nos quartiers, en pied d’immeuble, dans des friches abandonnées, … Réinvestir l’espace public pour y ramener végétaux, oiseaux et pollinisateurs, voilà le défis de ceux qui plantent des arbres ! Nés d’un double appel : un besoin urgent de reconnexion à la nature et faire face à la fois au changement climatique et au déclin de la biodiversité, les projets de micro-forets s’inspirent entre autre du botaniste japonais Miyawaki. Celui-ci a établi une méthode particulière pour revégétaliser de petits espaces urbanisés, des sols dégradés ou pollués.

L’exemple du Collectif micro-forêts à Toulouse

Source : toulouse.entransition.fr

A Toulouse par exemple, le collectif micro-forêt, une branche de l’antenne locale Ville en transition, a débuté sa première forêt urbaine en mars 2020 [1] ! Depuis, de nombreux projets sont en marche et une dizaine de plantations sont prévues pour 2021-2022.

J’ai interrogé Eugénie, coordinatrice du collectif depuis maintenant un an et demi, sur la mise en place de ce type d’action.

La première micro-forêt de Toulouse, la Micro-forêt des Géants, est née d’un appel à projets par la ville, « Sensibilisation à la biodiversité » dont se sont saisis les bénévoles de l’association Toulouse en Transition. « L’aventure aurait pu s’arrêter là, mais en même temps que débutaient les plantations, la région Occitanie a ouvert un budget participatif, « Ma solution pour le climat » » A partir de là, le collectif était lancé ! « On a été une des solution qui a été la plus votée. Nous avons donc eu le financement qui nous a permis de nous constituer en collectif comme on est aujourd’hui. »

On voit ce type d’initiatives citoyennes émerger de plus en plus, maintenant suivies par les collectivités territoriales. A Toulouse, la plantation de micro-forêts s’inscrit par exemple dans le cadre du plan Arbres qui vise à planter 100 000 arbres d’ici 2030. Au même moment, sur l’année 2020, une micro-forêt est née à Pau, une autre à Montpellier, dans le Tarn… « Il y’a plein de projets et nous à Toulouse on va avoir 10 projets cette année ! ».

Au-delà des bienfaits écologiques amenés par ces plantations, les micro-forêts jouent un rôle bien plus large : celui de réinterroger notre manière d’occuper la ville par exemple. « Au départ c’était évidemment pour des raisons écologiques que ce projet a été monté. Mais ensuite il y’a un vrai côté social et culturel autour de ces projets. Je ne pense pas qu’on pourrait limiter les micro-forêts à juste des plantations qui devraient capter le carbone et remplir des services écosystémiques. C’est aussi beaucoup sur la place du citoyen aujourd’hui, à prendre part à la construction de son environnement, à son aménagement. Puis toute la place de la nature en ville, la sensibilisation des habitants… »

Emergence récente de nouvelles initiatives

Un mouvement qui prend de l’ampleur ? Dans un contexte de crises écologiques de plus en plus marquées, l’arbre n’a pas fini de faire parler de lui ! Les forêts urbaines peuvent ainsi servir de leviers vers des villes bas carbone et plus résilientes face aux changements climatiques. Comme évoqué précédemment, de nouveaux projets naissent partout en France ! L’idée ? Revégétaliser nos espaces urbains, faire revenir la biodiversité et apporter davantage de bien-être. A Paris, la mairesse Anne Hildago souhaite par exemple « débitumiser » la ville en supprimant des places de stationnement pour les remplacer par de la végétation [2]. A Bordeaux, un an après Toulouse, la première micro-forêt voit le jour en mars dernier, également dans le cadre d’un plan visant à “casser le bitume” (le plan « Bordeaux grandeur Nature »). Tandis qu’à Nantes, c’est l’association MiniBigForest qui s’est emparée du sujet et notamment de la méthode Miyawaki pour planter une quinzaine de mini forêts !

Pour en savoir plus : La société belge Urban Forest a mis en place une carte des projets recensant un certain nombre d’initiatives en France métropolitaine et en Belgique !

Très en pointe sur la méthode de revégétalisation Miyawaki, Urban Forest souhaite « réconcilier économie et écologie en apportant une proposition innovante et naturelle aux défis environnementaux » [3].

Image tirée de la carte des initiatives de Urban Forests http://urban-forests.com/realisations/

Des petites entreprises se lancent aussi dans l’aventure : après avoir participé à une formation organisée par le collectif micro-forêt de Toulouse et impliquant Urban Forest, Adrien a quant à lui décidé de fonder sa propre structure ! Ainsi est née il y a 1 an Oui Forêts. A terme, l’objectif d’Adrien serait d’accompagner les projets de plantation et de faire de la pédagogie autour de ces thématiques.

Zoom sur la méthode Miyawaki

Source : Wikipedia

Qui est Akira Miyawaki ? Né en 1928, le professeur Akira Miyawaki est un botaniste japonais, expert mondial en écologie appliquée à la restauration des forêts natives. Également professeur à l’université nationale de Yokohama, il a élaboré et mis en pratique une méthode innovante de reforestation appelée « végétation potentielle naturelle » (ou « senzai shizen shokysei »). Cette technique aujourd’hui connue partout dans le monde sous le nom de « méthode Miyawaki », permet de régénérer rapidement une forêt à partir d’espèces indigènes plantées sur des sols dégradés ou pollués [2].

« Nous on s’inspire de cette méthode mais on essaye que chaque projet soit une expérimentation. » Eugénie.

La méthode Miyawaki est en fait un ensemble de techniques de reforestation visant à implanter une communauté végétale locale, parfaitement adaptée au milieu de plantation. La particularité de cette méthode dite “révolutionnaire” ? C’est qu’elle permet de régénérer, sur un laps de temps assez court, des forêts ou des zones très dégradées et de faire revenir une importante biodiversité ! [4]

La méthode Miyawaki s’appuie sur un certain nombre de principes [5] :

– Un important travail de terrain et d’observation permettant de dresser le potentiel naturel de végétation de la future forêt et d’ainsi connaitre les espèces locales à utiliser

– La création de conditions optimales d’enracinement et de développement en amendant le sol par exemple

– Une plantation très dense : 3 arbres par m2 ! Ce qui permet entre autre une communication racinaire intense

– L’association d’espèces d’essences ligneuses différentes et toutes locales

– Une libre évolution après la troisième année de plantation : avec cette méthode, la forêt devient rapidement autonome et l’Homme n’a plus à intervenir.

En 2006, les travaux du Pr. Miyawaki ont été récompensés par le Prix Blue Planet, l’équivalent du Prix Nobel d’écologie ! Grâce à cette méthode, se sont plus de 40 millions d’arbres qui ont été plantés partout dans le monde, soit plus de 3000 forêts natives [2].

Cette méthode de reforestation présente un intérêt particulier pour nos micro-forêts urbaines puisqu’elle permet la plantation sur des sols dégradés, autrefois bétonnés. Les avantages sont indéniables : nous pouvons citer entre autre la limitation des inondations, les effets brise-vents, la réduction/régulation de la chaleur en été (-2°C dans l’environnement proche), la valorisation du foncier, …

De très nombreux bénéfices donc, même si la technique reste critiquable et que certains chercheurs affichent leur scepticisme. Il faudra quelques années de recul et de suivis scientifiques pour se persuader du bien-fondé de la méthode Miyawaki, notamment dans le cadre de la création de micro-forêts urbaines.

Pour aller plus loin : Un article complet “Que penser de la méthode Miyawaki”, en ligne sur le site The conversation.

Sources

[1] Toulouse en transition, Micro-forêt urbaine, en ligne, disponible sur http://toulouse.entransition.fr/micro-foret-urbaine/

[2] Permafforest, Qu’est-ce qu’une forêt urbaine ou une micro-forêt ? En ligne, disponible sur https://permafforest.fr/blog/micro-foret/foret-urbaine-definition/

[3] Urban Forests, A propos, en ligne, disponible sur http://urban-forests.com/a-propos-urban-forests/

[4] Boomforest, La méthode Miyawaki pour régénérer les forêts ! En ligne, disponible sur https://boomforest.org/fr/pages/miyawaki_method

[5] Mini Big Forest, La méthode Miyawaki, en ligne, disponible sur https://www.minibigforest.com/notre-mission/la-methode-miyawaki/

Natacha Racinais

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