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Comprendre (écologie)

Les corridors écologiques

Depuis quelques décennies, des chiffres alarmants concernant le déclin de la biodiversité ne cessent de sortir. Depuis l’ours sur sa banquise fondue, nous avons parcouru un peu de chemin et désormais, c’est toute la biodiversité, et donc celle tout près de chez nous, qui est menacée ! L’une des première cause de cet effondrement : la fragmentation des paysages. Dès lors, il convient désormais de prendre soin voire de restaurer ce qu’on appelle les corridors écologiques.

Rapide état des lieux en France

A notre échelle, la France héberge 10% des espèces connues du monde et une grande diversité d’habitats, favorisant le développement de cette belle biodiversité. Pourtant celle-ci est en déclin, due entre autres à la fragmentation de nos paysages, l’une des principales causes de disparition des espèces.

Chez les oiseaux par exemple, les scientifiques constatent une augmentation des espèces dites « généralistes » et une diminution d’environ 20% des espèces « spécialistes » (sur la période 1989 à 2007), c’est-à-dire adaptées à un milieu particulier. Cela conduit, à termes, à une homogénéisation des communautés d’oiseaux… D’autres observations plus récentes montrent une diminution de plus de 40% des oiseaux des milieux agricoles ou bâtis. Ces données proviennent notamment du Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC), réalisé par de nombreux amateurs sur la période 2004-2017.

Évolution de l’abondance des populations d’oiseaux communs spécialistes en France métropolitaine (1989-2018) :

Source : Vigie Nature, CESCO – UMPS Patrinat, décembre 2017

Qu’est-ce que la fragmentation des paysages ?

La fragmentation du territoire conduit à des écosystèmes divisés en différentes sous-unités, entre lesquelles la faune a du mal à circuler. Ce phénomène est notamment le fruit de l’urbanisation galopante, de l’augmentation des infrastructures linéaires routières ou ferroviaires dans le paysage et des changements de pratiques agricoles/forestières. Le territoire se retrouve ainsi fortement morcelé, ce qui constitue une menace majeure pour la biodiversité.

Les cours d’eau sont également concernés par cette fragmentation avec la construction d’ouvrages comme les barrages, les usines hydroélectriques, les écluses, etc. qui sont autant d’obstacles que les espèces peinent à franchir. « Sur une estimation de 120 000 obstacles majeurs, plus de 97 200 ont été recensés en 2018, soit une densité de 16 obstacles pour 100 km de cours d’eau. » (vie-publique.fr, 2020).

Les études menées sur ce phénomène ont conclu qu’à moyen et long termes, la fragmentation amène à un isolement des populations voire à leur extinction par limitation de la dispersion et des échanges métapopulationnels (échanges entre sous-populations plus ou moins connectées par des flux de gènes).

Les corridors écologiques, un moyen de lutter contre la fragmentation

Les corridors écologiques peuvent prendre des formes très diverses, il peut s’agir :

– d’espaces assez large entre deux forêts par exemple ;

– de haies permettant le passage d’insectes marcheurs ;

– d’installations de type passage à faune sur des voies routières comme les crapauducs ;

– de couvertures végétales le long des cours d’eau (ripisylves) ;

– …

Ces corridors assurent des connexions entre les différents réservoirs de biodiversité, permettant ainsi aux espèces de pouvoir se déplacer et d’assurer leurs cycles de vie.

Quelques outils pour préserver ou renforcer les corridors écologiques

Source : Cemagref, d’après Bennett, 1991

A l’échelle d’une commune, d’une ville ou même à l’échelle individuelle (notamment au niveau des parcelles agricoles), planter des haies est un excellent moyen de faire revenir la biodiversité et de lutter contre la fragmentation du paysage. Les haies, les chemins et bords de chemins, les ripisylves, les bandes enherbées le long des cours d’eau,… représentent des corridors linéaires. Ceux-ci offrent des conditions favorables au déplacement de nombreuses espèces, et notamment au niveau des paysages agricoles, de plus en plus appauvris en biodiversité…

Ce type d’action s’intègre notamment dans la démarche Trame verte et bleue (TVB), un outil phare pour identifier, préserver et restaurer les connectivités écologiques. La Trame Verte et Bleue peut se décliner à différentes échelles (régions, département, communes, …) et invitent tous les acteurs à participer à la restauration écologique !

Pour en savoir plus sur la Trame Verte et Bleue en France : Go se renseigner au niveau du Centre de ressources.

Plus localement, il est déjà possible d’agir à l’échelle de son jardin ! Par exemple en favorisant les espèces végétales mellifères, en tondant moins sa pelouse, en laissant quelques espaces sauvages, etc.

Vous pourrez retrouver une petite liste de plantes mellifères sur le site Rustica : https://www.rustica.fr/biodiversite/plantes-melliferes-pour-attirer-butineurs-jardin,2312.html !

Natacha Racinais

Sources

Muséum National d’Histoire Naturelle, Le printemps 2018 s’annonce silencieux dans les campagnes françaises (mars 2018). Article disponible sur : https://www.mnhn.fr/fr/recherche-expertise/actualites/printemps-2018-s-annonce-silencieux-campagnes-francaises

Commissariat général au Développement durable (janvier 2020), La biodiversité sous pression. Disponible sur : https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/272596-quel-est-letat-de-la-biodiversite-en-france-les-principales-menaces

OFB, le portail technique. La fragmentation des habitats. Disponible sur : https://professionnels.ofb.fr/fr/node/527

Qu’est-ce qu’un corridors écologique ? Trame Verte et Bleue, centre de ressources. Disponible sur http://www.trameverteetbleue.fr/presentation-tvb/foire-aux-questions/qu-est-ce-qu-corridor-ecologique#:~:text=Les%20corridors%20%C3%A9cologiques%20assurent%20des,de%20leur%20cycle%20de%20vie.

Nicolas Falempin (février 2020), Planter une haie le long des chemins et des champs. Disponible sur : https://solutionslocales.fr/reimplanter-des-haies-le-long-des-chemins-et-des-champs/

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