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La permaculture, un véritable art de vivre ?

La permaculture ? Pas qu’un potager ! Mais plutôt une éthique de vie, une manière d’être au monde, à soi et aux autres.

A travers une période de woofing, j’ai ainsi pu me plonger le temps de quelques jours dans cet univers qui sort de l’ordinaire. Loin d’un quotidien sur-connecté, sur-stimulé, je suis allée à la rencontre de Diane et Jeremy Saez, porteurs depuis un an d’un projet de vie : Autonovie, un centre de formation un peu spécial. Situés dans le Tarn, proche de Gaillac, leur propriété, un ancien moulin, et leur terrain de 4 hectares, sont propices au développement de la permaculture. En tendant vers l’autonomie, ils espèrent vivre davantage en adéquation avec leurs valeurs et développer des formations autour de la permaculture, de la perma-éducation et de la perma-économie.

L’occasion était idéale pour poser quelques questions à Jeremy sur son projet de centre de formation et sur ce que représente pour lui le concept de permaculture, cette « culture de la permanence » comme il la définit.


Natacha Racinais : Comment résumeriez-vous en quelques mots la permaculture aujourd’hui ? Qu’est-ce qui est le plus important selon vous avec le concept de permaculture ?

Jérémy Saez : Le concept de permaculture a été rafraichi et mis à jour dans les années 1970 par Mollison et Holmgren mais c’est un vieux concept qui date du début du XXème siècle. Cette mise à jour a permis de donner les lois, les règles et principes et a donc permis de rendre la permaculture beaucoup plus compréhensible et donc accessible à tous.

Avec le temps, je me rends compte que la permaculture, définie comme étant « l’agriculture permanente », touche vraiment beaucoup de problématiques, beaucoup de systèmes (santé, économie, habitats, …). Aujourd’hui je considère donc la permaculture comme étant une « culture de la permanence ». Cela veut dire que cette culture nous permet d’entretenir le vivant, le permanent, par des pratiques elles-mêmes vivantes et durables.

N.R : Quels sont les règles éthiques et les grands principes de la permaculture ? Comment les appliquez-vous au quotidien à Autonovie, pouvez-vous donner quelques exemples ?

J.S : Suivant les écoles, on oscille entre 10 et 15 principes : il y’en a environ 12 qui sont des principes de bases de la permaculture. Mais il faut savoir que ces principes sont des règles, des lois inspirées d’une philosophie elle-même régie par trois éthiques :

Source : https://www.patrimoine-perma-etc.fr/
  • Prendre soin de la Terre
  • Prendre soin des êtres vivants
  • Produire et redistribuer équitablement les richesses.

Ces éthiques régissent toutes pensées et tout comportement en permaculture.

Cela nous emmène alors aux principes qui sont un peu comme des démarches, des filtres : quand on pense permaculture, on pense à travers ces filtres là afin d’élaborer un projet plus résilient, plus respectueux de la nature, plus écologique dans le sens économie d’énergie, et ainsi de suite.

Le premier principe et le plus fondamental en permaculture est l’observation/interaction avec l’environnement. Typiquement, lorsqu’on arrive sur un terrain, il s’agit d’observer les quatre saisons, observer les temps forts de ce qu’il se passe dans l’environnement, comprendre comment la faune et la flore vit et interagit dans ce lieu, sans intervention humaine. Puis on bascule sur une réflexion, sur ce qu’on appelle un « design » en permaculture qui va permettre de faire un projet avec des éléments qui vont agrémenter tout cela comme un potager, une spirale aromatique, un verger, etc.

La permaculture, c’est la « permanence de la culture », elle est donc très souvent associée au potager mais se décline aussi à d’autres horizons ! D’un point de vue concret chez nous, à Autonovie, l’observation s’est faite assez naturellement : on a mis en place des choses faciles qu’il faut maintenant optimiser après un an.

Un autre principe très important en permaculture, c’est la notion d’interface, c’est-à-dire la jonction de deux lieux. Une haie par exemple sera doublement riche (riche du lieu 1 et riche du lieu 2). Chaque clôture a donc été mise en place en essayant de préserver cela. Une fois les clôtures érigées, c’est le potager qui est le premier élément à avoir été mis en place à Autonovie puisque l’objectif principal du lieu est l’autonomie (alimentaire et en électricité principalement).

Pour revenir aux principes, nous pouvons citer par exemple :

  • Observer
  • Interagir
  • Pas de déchets
  • Intégrer plutôt que de séparer (démarche intégratrice et non séparative)

N.R : Comment résumeriez-vous votre projet Autonovie à quelqu’un qui voudrait savoir de quoi il s’agit ?

J.S : Autonovie correspond à l’un des pas supplémentaire dans une réflexion commencée il y a quelques années. Lorsque nous sommes devenus parents, nous avons voulu donner le meilleur à nos enfants et donc nous nous sommes beaucoup informés et formés. Nous avons cherché de plus en plus de solutions alternatives, jusqu’à décider de changer de lieu de vie.

Autonovie signifie autonomie pour la vie. Nous savons que l’autonomie totale ne sera jamais atteinte mais c’est un cheminement vers la sobriété. Et c’est ce cheminement-là qui nous intéresse. A travers notre projet, notre cible c’est l’avenir. Cela passe donc par former les jeunes mais également les chefs d’entreprise (des gens capable de fédérer, d’apporter de la valeur, …). Autonovie est donc un centre de formation pour la permaculture, la perma-éducation et la perma-économie. A moyen-long terme, l’idée serait de créer un éco-lieu avec 3-4 familles faisant vivre cet espace !

N.R : En terme de pratiques permaculturales, de techniques, que faites-vous dans votre jardin ?

J.S : Nous avons un mandala de 200 m carrés, avec spirale aromatique au centre. En permaculture, on fonctionne beaucoup en essais/erreurs : l’autorégulation est un autre principe qui entre en jeu ici. Les butes en lasagnes ont bien fonctionné. L’organisation permet de gagner du temps, la réflexion en amont est très importante. Il s’agit de concevoir à l’avance les choses plutôt que d’y aller tête baissée et de devoir tout reprendre quelques années plus tard. La réflexion vient toujours de l’observation, on en revient toujours au premier principe !

Un autre principe que l’on a beaucoup appliqué : le fait de commencer petit. Demain, ce petit truc peut grandir, et si ça ne marche pas, ce n’est pas grave !

N.R : A travers vos “Permaclass”, qu’essayez-vous de transmettre en premier lieu ?

J.S : Le fait de se poser est primordial. Dès que les gens arrivent dans nos permaclass, ils font un digital detox, c’est-à-dire qu’ils posent leur téléphone pendant toute la durée du séjour. Alors, le premier jour, ils font la grimace, mais aussi le dernier jour ! Dans nos Permaclass, il s’agit de ralentir le rythme, de commencer à réfléchir, à être plutôt que faire. On vit dans une société dans laquelle nous tournons à fond et pour laquelle on fait beaucoup, jusqu’à en oublier d’être. L’idée est donc vraiment de se poser, de se reconnecter à la nature, d’observer puis d’intégrer différentes formules adaptées aux préoccupations de nos stagiaires. Chaque formation est différente !

N.R : Qu’est-ce que cette manière de vivre a changé pour vous ?

J.S : Cela m’a permis d’être plus en conscience, d’être davantage dans l’être que dans le faire. Ça m’a permis de profiter. Physiquement, je travaille plus qu’avant, mentalement comme avant, mais il y a un sens, le sentiment de se lever et de travailler à quelque chose d’utile, c’est tout bénéfique. J’essaie toujours d’avoir ces « filtres » des principes de la permaculture dans tout ce que j’entreprends afin de m’assurer que ce que je fais sera viable.

N.R : Quels sont les livres phares ou autres ressources qui vous ont marqué et que vous recommanderiez pour se former ?

J.S : Il y a deux types de sources :

  • Les formations en permaculture comme le CCP (Cours Certifié en Permaculture) ;
  • Les médias et livres : Sur Youtube je peux citer les Thinkerview, la série Next (la première saison notamment), Arthur Keller, les cours de Jancovici qui sont extraordinaires ou encore les vidéos de Damien Dekarz sur la permaculture, l’agroforesterie, etc.

En livre, il y a La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben [1], Permaéconomie de Emmanuel Delannoy [2], Le jardin Bio [3] et globalement tout ce qui provient de l’Edition Terre vivante. D’autres livres m’ont encore bien plu et bien fait réfléchir à travers mon bagage neuroscientifique et notamment Le Bug humain de Sebastien Bohler [4] qui permet de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là. Les travaux de Marshal Rosenberg et Thomas d’Ansembourg sur la communication non violente sont aussi très inspirants. Enfin les Fresques du climat, de la biodiversité, du numérique, … sont aussi très intéressantes d’un point de vue formation.

N.R : Qu’est-ce que vous diriez à des jeunes souhaitant se lancer dans un projet comme le vôtre ?

J.S : Il faut commencer par expérimenter le truc en vivant une expérience sur plusieurs semaines/mois… Se mettre à faire du woofing par exemple, mettre la main à la terre, être curieux… Être curieux et patient est essentiel.

Merci beaucoup à Jeremy Saez pour cet entretien.

Pour en savoir plus sur Autonovie, les formations et trouver les contacts de Diane et Jeremy, rendez-vous sur leur tout nouveau site internet : https://www.autonovie.fr/

Propos retranscris par Natacha Racinais.


[1] Peter Wohlleben (2017), La vie secrète des arbres, édition Les Arènes

[2] Emmanuel Delannoy (2016), Permaéconomie, édition Wildproject

[3] Brigitte Lapouge-Déjean et Jean-Paul Thorez (2009), Le guide du jardin bio, Terre Vivante Editions

[4] Sebastien Bohler (2019), Le bug humain, édition Robert Laffont

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