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Judith décapitant Holopherne par Artemisia Gentileschi

Judith décapitant Holopherne est une oeuvre réalisée par Artemisia Gentileschi dans les années 1620, et conservée à la Galerie des Offices de Florence. Ce tableau vous est très probablement déjà familier et pourtant nous allons encore en parler un peu dans les lignes qui suivent.

Tout d’abord quelques mots sur Artemisia Gentileschi, femme peintre du XVIIe siècle italien. Sa figure a connu un regain d’intérêt ces dernières décennies notamment en Italie, son pays d’origine, mais également aux Etats-Unis et en Angleterre avec une exposition qui prit place en 2020-2021 à la National Gallery de Londres. Elle a réussi à s’imposer sur la scène artistique au XVIIe siècle dans l’Europe entière à une époque où les femmes peintres sont rares, et sa redécouverte a su la placer comme figure emblématique du féminisme, notamment en art.

Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, 199 × 162,5 cm, musée des Offices © Salomé Legrand

Sur la toile conservée à la Galerie des Offices on voit trois personnages sur un fond très sombre qui rappelle que la peintre s’inscrit dans le courant caravagesque de la période, par le style qu’elle montre ici mais aussi par le sujet choisi. La scène figurée est la décapitation de Holopherne, qui occupe la majeure partie gauche de la composition sur un lit blanc. Judith se trouve dans la partie droite et le personnage du milieu de la composition est sa servante, placée en retrait. Le sujet est issu du texte apocryphe du Livre de Judith et constitue un grand poncif de l’histoire de l’art occidental.

 La représentation du sujet par Artemisia Gentileschi est particulièrement intense : l’expression des deux personnages féminins est très concentrée et la douleur tord les traits du visage de Holopherne. Cette intensité se traduit aussi par les giclées de sang qui s’échappent de la plaie du cou de l’homme allongé et la façon dont il semble se débattre, maintenu par la force de Judith et de sa servante.

Détail © Salomé Legrand

Il existe deux versions de cette composition : la version du Musée de Capodimonte à Naples présente un cadrage plus resserré, la robe de Judith est bleue, celle de sa servante est rouge et le drap qui recouvre la partie basse du corps de Holopherne est moins visible. Sur la composition de la Galerie des Offices Judith porte une robe jaune, sa servante une robe bleue et Holopherne est recouvert d’un drap rouge qui n’est pas sans rappeler la couleur des giclées de sang qui s’échappent de sa tête.

Le traitement des différentes matières dans la composition est assez virtuose, la touche est assez lisse et précise dans le traitement des détails et l’utilisation des couleurs est très savante. On retrouve le même travail de la composition que chez Caravage avec l’arrière-plan très sombre qui permet de mettre en avant les figures recevant la lumière au premier plan avec des rayons plus ou moins accusés en fonction de ce que souhaite mettre en valeur la peintre.

© Salomé Legrand

Cette composition porte une signification plus sinistre, liée directement à la vie personnelle de l’artiste : Artemisia Gentileschi est violée au début des années 1610 par son précepteur qui lui enseigne la peinture, Agostino Tassi. Le procès est particulièrement dur et humiliant pour la peintre, on voit donc ce tableau comme une catharsis, une vengeance presque, où Holopherne prend les traits de son agresseur. Certains voient de la même façon Artemisia Gentileschi dans la figure de Judith puisque leurs traits sont similaires et qu’elle porte, dans la version de la Galerie des Offices, un bracelet avec des effigies de la déesse Artémis. Un autre détail intéressant est la collaboration des deux femmes : dans les représentations habituelles de Judith et Holopherne, la servante est beaucoup plus vieille et seulement témoin de la scène. Artemisia Gentileschi nous montre un réel effort commun dans ses deux compositions avec une jeune servante, ce qui a été repris à la période contemporaine comme exemple de sororité.

Le corpus d’Artemisia Gentileschi est, outre cette composition, assez riche et traite d’un large éventail de sujets avec grand talent. Une présentation de certains chefs d’œuvre est disponible à cette adresse https://www.youtube.com/watch?v=cNsg6RnlJtI, en lien avec l’exposition de la National Gallery.

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