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A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT : Tell you now that the whole town is empty

Des rues désertiques dans une ville fantôme fictive dans lesquelles déambule un vampire qui observe les quelques habitants en proie à la solitude : c’est le cadre du premier film d’Ana Lily Armipour, A girl walks home alone at night. Le film esthétique et élégant, intrigue et captive grâce à de multiples inspirations allant de Nosferatu le vampire, aux films de David Lynch en passant par les westerns spaghettis. Dans ce long-métrage en noir et blanc à l’ambiance onirique et envoûtante, la réalisatrice s’intéresse à la moralité en se servant du vampire qui exerce un rôle de surveillance, où il est à la fois partout et nulle part. Dans la ville de Bad City, en Iran, le mal est omniprésent et la silhouette voilée, aux lèvres rouges et aux yeux cerclés de noirs qui se confondent aux ombres de la nuit, s’applique à punir les vices des habitants.

Le vampire est ici construit selon son rapport à la ville : il ne peut pas exister sans elle. Son enracinement dans l’espace urbain est essentiel. La présence du monstre, qui interagit avec le groupe formé par les humains, permet de questionner l’humanité de ses habitants : dans A girl walks home alone at night, le constat est sévère puisque la mort, la solitude et l’immoralité sont présentes. Le vampire représente alors l’inconscient collectif. La mise en scène d’une ville fictive, à l’instar de Nosferatu le vampire, permet à la fois la délimitation de l’espace mais également de le rendre universel puisque l’histoire pourrait se passer n’importe où. Ici, le vampire erre dans les rues désertiques et fantomatiques où les habitants sont rares. En se fondant dans la nuit, le vampire semble être à chaque coin de rue, observant silencieusement les habitants dans une atmosphère de suspicion généralisée. La ville semble lui appartenir : la scène où la jeune femme fait du skate au milieu de la route, avec le bruit des roues venant briser le silence donne l’impression d’une ville fantôme. L’utilisation du noir et du blanc, ainsi que l’ambiance onirique n’est pas sans rappeler Eraserhead de David Lynch, qui mettait également en scène une ville industrielle. Le film souligne ce cadre par de nombreux plans sur des usines dont s’échappe une fumée épaisse. Le paysage urbain a donc une place prédominante et permet d’instiller une ambiance inquiétante et pesante, mais également envoutante.  

©A girl walks home alone at night, 2014, Ana Lily Armipour

A girl walks home alone at night manie l’esthétique du sublime pour mettre en place une atmosphère étrange : le film prend place majoritairement la nuit, et les ombres aux allures expressionnistes avec de nombreux lampadaires qui viennent créer un contraste et donc souligner les silhouettes des habitants. La nuit permet d’augmenter la frayeur et le danger, car la menace n’est pas clairement visible. Cette ambiance particulière est mise en valeur par une bande sonore captivante et audacieuse. L’utilisation du son rappelle également Eraserhead : en effet, le film utilise des bruits sourds et caverneux afin de déranger. Dès que le vampire s’approche, l’ambiance devient plus pesante et intense : les bruits étouffés et les silences parviennent à suggérer le danger. Cette musique lourde vient créer un contraste avec le personnage principal, dont les mouvements sont délicats et lents, avec son tchador qui semble flotter derrière elle de manière vaporeuse. Le film utilise également de nombreuses musiques de rock’n’roll parviennent à donner un aspect pop et moderne.

Malgré un scénario assez léger, A girl walks home alone at night parvient à captiver par ses images et ses musiques. Ce film d’horreur aux plans longs et au rythme hypnotisant, graphique et esthétique, saura séduire les fans de vampire en leur proposant une expérience nouvelle.

©A girl walks home alone at night, 2014, Ana Lily Armipour

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