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Georgia O’keeffe : exposition au Centre Pompidou

Jusqu’au 6 décembre 2021, les Parisiens peuvent venir admirer les oeuvres colorées de l’américaine Georgia O’Keeffe. C’est seulement la deuxième exposition consacrée à cette artiste (la première étant celle de Grenoble en 2015). Georgia O’Keeffe nait en 1887 dans le Wisconsin, elle passera un grand moment de sa carrière auprès de l’avant-garde new-yorkaise et terminera sa vie à Santa Fe dans une solitude choisie. C’est probablement l’artiste femme américaine la plus connue aux Etats-Unis.

Le Centre Pompidou, comme à son habitude, a choisi une scénographie très épurée avec de grands murs blancs presque éblouissants. Lorsque l’on rentre dans la salle, on est directement confronté à quatre murs sur lesquels on peut lire la chronologie de la vie de Georgia O’Keeffe. Une fois que l’on a tourné autour, on se rend compte de l’ampleur de l’exposition et du grand nombre d’oeuvres exposées. Tout l’espace d’exposition est très ouvert. Il n’y a pas réellement de salles comme on pourrait s’y attendre mais un grand hall dans lequel on peut déambuler librement. Ce type de scénographie a ses partis-pris qui peuvent plaire ou ne pas plaire. On retrouvait déjà cela dans l’exposition « Elles font l’abstraction » que l’on pouvait aller voir cet été au centre. Elle donne en effet une grande autonomie au spectateur qui est confronté à plein de périodes différentes de l’artiste ; ce qui est peut donc être intéressant d’un point de vue esthétique. Mais, dans une exposition d’une telle ampleur et qui se veut être chronologique, on peut vite s’y perdre. Cela manque peut-être d’un peu de structure ; ce qui pourrait amener bien plus de clarté aux spectateurs. La lisibilité et l’accessibilité du propos dans ce type d’exposition sont fondamentales et on remarque que dans de nombreuses expositions muséales, le propos n’est pas toujours très clair. La grande majorité des visiteurs de ce type de musée très connu n’est pas formée de spécialistes en histoire de l’art et ont besoin d’explications simples qui leur permettent de sortir de la salle en ayant réellement appris des choses. Dans cette exposition, et dans beaucoup d’autres en France, les cartels sont, certes bien écrits et intéressants, mais manquent cruellement de simplicité. Comment une médiation (qui a pour but de diffuser le savoir et de la rendre accessible) parvient-elle à inclure toutes les branches de la société avec ce type de scénographie ? C’est un débat très large mais qui, je trouve, retenti à travers cette exposition.

Yellow Jonquils No. 3, 1936, huile sur toile, Kemper Museum of Contemporary Art, Kansas City, © Emilie Blanchard

Green Yellow and Orange, 1960, huile sur toile, Brooklyn Museum, © Emilie Blanchard

Malgré cela, l’exposition nous fait découvrir une artiste profondément intéressante et inspirante. D’abord, là où la scénographie a vu juste, c’est dans les murs totalement blancs sur lesquels sont accrochées les oeuvres de l’artiste. Une chose saute aux yeux : la lumière. Une grande partie des oeuvres de Georgia O’Keeffe ont un traitement de la lumière extrêmement abouti et étonnant. On peut même croire que certaines de ses oeuvres sont transparentes et accrochées devant des spots lumineux. C’en est déroutant. C’est le cas de Yellow Jonquils No. 3 ainsi que de Green Yellow and Orange. Malgré trente ans de différence et deux périodes bien distinctes de sa carrière, elle parvient toujours aussi bien à nous renvoyer la lumière en plein visage.

New-York Street With Moon, 1925, huile sur toile, Museo Thyssen Bornemisza

Ce qui ressort également de cette exposition quant à l’oeuvre de Georgia O’Keeffe est sa grande modernité. Le premier cartel précise bien qu’elle a participé à forger le « premier art moderne aux USA » et qu’elle y contribue jusqu’à la fin. J’ai beaucoup apprécié le cadrage choisi pour ses oeuvres qu’une des parties de l’exposition met en avant. Elle s’inspire de la technique du « blow up » que l’on retrouve chez les photographes comme Paul Strand ou Edward Weston. On retrouve cela dans ses fleurs mais aussi dans ses vues urbaines ; qui ont également le mérite de nous montrer une plus grande diversité dans l’oeuvre de l’artiste.

Skunk Cabbage, 1922, huile sur toile, Georgia O’Keeffe Museum, Santa Fe, © Emilie Blanchard

Ce qui l’insère également dans une grande modernité ; mais peut-être plus rétrospectivement est l’aspect « futuriste » de certaines de ses oeuvres. Très tôt, on trouve dans ses peintures de fleurs un aspect qui, de nos jours, nous rappelle la science-fiction. C’est quelque chose qui frappe le spectateur et qui en est même amusant. Dans Skunk Cabbage de 1922, la lumière et la couleur jade « glacée » de la feuille nous donne l’impression d’être sur une autre planète en face d’un fragment minéral.

De plus, on retrouve cette modernité à la fin de sa carrière. Le centre Pompidou nous montre quelques oeuvres datant des années 50-60 qui tendent vers une abstraction plus sobre, calme et spirituelle ; mais toujours aussi organique.

Enfin, il faut dire un mot sur les oeuvres « stars » de l’exposition qui sont les fleurs. C’est la production phare de sa carrière qui a marquée le plus d’esprits dans le temps. La critique de l’époque voyait ses fleurs comme une marque de sensualité voire de féminité ; avec tout ce que ce mot implique socialement. Beaucoup les voient comme une représentation à peine cachée de vulves. Il est clair que certaines de ces oeuvres en sont. Maintenant, n’oublions pas que Georgia O’Keeffe a refusé que l’on voit ses fleurs comme telles. On peut penser qu’elle s’insurgeait contre la sexualisation de ses fleurs comme une image de sensualité et de sexualité féminine. Elle se jouait un peu de la critique d’une certaine façon.

En tout cas, il vous reste encore quelques semaines pour aller voir cette exposition qui vaut le détour, surtout pour les amateurs d’art moderne et de couleurs parfaitement assorties. Georgia O’Keeffe et ce qu’en a fait le Centre Pompidou sauront se graver dans votre esprit avec des oeuvres particulièrement marquantes, et vous inspirer.

 

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