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Botticelli, artiste et designer

English version below !

Il ne vous reste plus que quelques jours pour profiter de la superbe exposition ‘Botticelli, artiste et designer’, établie au Musée Jacquemart-André. Le Tote Bag s’y est rendu et vous propose de revenir sur les éléments marquants de cette exposition.

Alessandro Filipepi, dit Botticelli (vers 1445-1510) fait partie des artistes les plus influents de toute la Renaissance italienne. Son travail personnel et la transmission de ses savoirs au sein de son atelier lui ont permis de marquer les esprits du public florentin. L’exposition illustre d’ailleurs son influence en proposant des parallèles avec les œuvres de plusieurs de ses contemporains qu’il a pu influencer au cours de sa carrière. 

À travers une construction chronologique, l’exposition présente Botticelli sous plusieurs visages. Les quelques quarante œuvres de l’artiste sont réparties dans huit salles thématiques. Cette organisation permet un véritable voyage à travers la vie de l’artiste et met en avant l’évolution importante de son travail. 

Dans un premier temps, l’artiste nous est présenté comme un élève rigoureux formé dans l’atelier de Filippo Lippi. Ces deux portraits de la Vierge à l’Enfant témoignent de la progression du travail de Botticelli et de sa prise d’indépendance. Son interprétation de la Vierge dans le tableau de gauche, la ‘Madone Campana’, illustre une application académique, inspirée par son maître. La scène de droite, dite ‘Madone au livre’, est peinte une dizaine d’années plus tard et démontre une appropriation personnelle du sujet. Le visage de la Vierge est plus rond, et sa posture inspire un lien plus intime entre elle et l’Enfant. Botticelli s’émancipe et prend ses libertés, notamment en ajoutant des détails comme la couronne d’épines dorées autour du poignet de l’Enfant ou encore le bol de fruits en arrière-plan. Ces détails enveloppent les personnages et mettent en valeur l’intimité du moment. Ils ajoutent un aspect plus ‘familier’ au tableau et annoncent le goût de l’artiste pour les scènes presque ‘bucoliques’. L’exposition présente la ‘Madone au livre’ comme le point de départ du développement du style unique de Botticelli.

Un élément marquant de l’exposition est la mise en avant de l’esprit collaboratif qui régnait à Florence. Le tableau Le Jugement de Pâris, attribué à Botticelli à la fin du XVIIIe siècle, est en réalité issu d’un travail coopératif de la part des assistants de l’artiste. Le terme ‘designer’ est donc attribué à Botticelli pour son inventivité et la création de ses dessins. Les cartels de l’exposition précisent bien l’implication certaine de l’artiste dans l’ensemble des œuvres exposées. Les détails des visages ou la précision des gestes étaient pratiquement toujours exécutés par le maître lui-même. La popularité de son atelier ainsi que la fréquence des commandes ont mené l’artiste florentin à travailler avec des assistants et à déléguer les tâches les plus « mécaniques » à ces derniers. Ces œuvres issues d’un travail de collaboration restent néanmoins des œuvres ‘de Botticelli’. Élaborées selon son ‘design’, elles contiennent des éléments uniques qui révèlent la ‘marque de fabrique’ de l’artiste. Ici, les silhouettes des trois déesses (de gauche à droite : Minerve, Junon et Vénus) trahissent le style caractéristique de Botticelli. De leurs corps élancés jusqu’à l’ondulation de leurs cheveux, les trois déesses exhibent des traits uniques, systématiquement utilisés par Botticelli.

Botticelli et atelier, Le Jugement de Pâris (détail), vers 1482-1485, tempera sur bois. Venise : Fondazione Giorgio Cini (Galleria di Palazzo Cini). © Marion Gallet

La salle la plus marquante est certainement celle du mythe de Vénus. À partir des années 1470, Botticelli développe son travail de la figure féminine à travers de grandes compositions mythologiques. Les plus connues, La Naissance de Vénus et Le Printemps sont restées à Florence, dans le Musée des Offices où elles sont exposées. Cependant, l’exposition de Jacquemart André nous donne accès à deux représentations de la déesse, inspirées de la sculpture antique Venus Pudica.

En léger contrapposto et avec ses mains cachant ses parties intimes, la posture de la déesse témoigne de cette influence antique. Presque identiques, leur disposition dans la salle encourage le public à jouer au jeu des 7 différences, en identifiant les éléments qui pourraient les différencier. Cette salle illustre parfaitement les ‘stratégies de duplication et de réutilisation des modèles’, admirablement bien maitrisées par Botticelli et l’atelier qu’il dirigeait. En effet, ces œuvres démontrent sa capacité à décliner la figure de Vénus dans plusieurs compositions, tout en renouvelant ses créations pour ne pas lasser son public. Ainsi, l’exposition décrit Botticelli comme un ‘génie du réemploi’, dont l’inventivité a continué de marquer les esprits, longtemps après sa disparition.

La salle du mythe de Vénus comporte également l’œuvre emblématique de l’exposition : La Belle Simonetta. On peut remarquer que la réalisation des tableaux de cette salle n’est pas attribuée au travail des assistants de Botticelli mais à l’artiste seul. On peut alors imaginer que l’exercice de la représentation de figures féminines idéalisées était une activité plus personnelle pour l’artiste. Celle-ci s’appuie sur un modèle féminin très connu à Florence : Simonetta Vespucci. Botticelli a reproduit ses traits de nombreuses fois, notamment pour l’une des trois grâces dans Le Printemps. Ici le fond noir met en valeur la clarté de sa peau et la finesse de son visage. Comme à son habitude, Botticelli fusionne plusieurs sources d’inspiration. On peut en effet retrouver des traits similaires à ceux de la déesse Minerve dans Le Jugement de Pâris. L’exposition permet ainsi au public de faire des liens entre les différentes œuvres et périodes de création de l’artiste. En s’exerçant à la production de figures idéalisées comme celle de La Belle Simonetta, l’artiste a su mettre en avant ses talents et ainsi se ‘vendre’ auprès des plus puissants patrons d’art de Florence. Botticelli a réalisé par la suite de nombreux portraits des membres de la famille des Médicis pour laquelle il travaillait.

Botticelli, Figure allégorique dite La Belle Simonetta, vers 1485, tempera et huile sur bois de peuplier. Francfort-sur-le-Main : Städel Museum. © Marion Gallet

Enfin, l’avant-dernière salle est consacrée aux peintures religieuses, dont les commandes proliféraient au sein de l’atelier de Botticelli. Saint Jean-Baptiste étant le Saint protecteur de Florence, nous pouvons observer sa présence dans de nombreuses représentations. Botticelli a en effet décliné ce thème sous différentes formes dans le but de répondre aux attentes du public florentin. Le tondo, peinture de format rond, était particulièrement destinés à la dévotion privée. Les tableaux aux formats plus classiques, (comme celui de droite) souvent exposés dans les lieux de cultes, amènent à une réflexion plus poussée sur les questions religieuses. Décrit ici comme un ‘véritable momento mori’, cette mise en scène de la Vierge, de l’Enfant, et du jeune Jean-Baptiste nous renvoie directement au futur sacrifice du Christ. Le rosier placé en arrière-plan rappelle la couronne d’épine, tandis que la croix s’impose en hauteur comme un mauvais présage. L’attitude des personnages soulève aussi la question de la mort. En se penchant pour mieux tenir Son fils, la Vierge tente de le retenir et de l’empêcher d’aller vers le sacrifice qui lui est destiné. Quant à l’étreinte entre l’Enfant et le jeune saint Jean-Baptiste, elle semble représenter un signe d’adieu, comme une dernière adoration.

Cette exposition était à mon goût plutôt réussie. Il faut déjà souligner l’immense travail réalisé par le commissariat d’Ana Debenedetti et de Pierre Curie, qui ont rassemblé des œuvres réparties dans une dizaine de musées européens (le Louvre, la National Gallery, le Rijksmuseum, les bibliothèques du Vatican…). Aussi, j’ai trouvé les cartels explicatifs très bien rédigés et très accessibles pour un public novice. Malgré une organisation parfois maladroite (le placement des salles de la fin proche de l’entrée qui rendaient la circulation compliquée), la scénographie chronologique était tout à fait captivante. En comparaison avec l’exposition des œuvres de Botticelli au Musée des Offices de Florence, j’ai néanmoins trouvé que les tableaux n’étaient pas suffisamment mis en valeur par les éclairages. L’ambiance était souvent trop sombre, alors que j’avais un souvenir formidablement lumineux des œuvres de Botticelli. Mais le regroupement d’un si grand nombre d’œuvres de l’artiste me semble suffisamment exceptionnel pour vous motiver à vous y rendre le plus vite possible !

Sources : 

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There are only a few days left to enjoy the amazing exhibition ‘Botticelli, artist and designer’ at the Jacquemart-André Museum (Paris). The Tote Bag went there and offers you a look back on the highlights of this exhibition. 

Alessandro Filipepi, known as Botticelli (c. 1445-1510) is one of the most influential artists of the Italian Renaissance. His personal work and the transmission of his knowledge within his workshop enabled him to make a mark on the Florentine public. The exhibition also illustrates his influence by drawing parallels with the works of several of his contemporaries whom he may have influenced during his career.

Through a chronological construction, the exhibition presents Botticelli under several faces. The forty or so works by the artist are divided into eight thematic rooms. This organisation allows for a real journey through the artist’s life and highlights the important evolution of his work.

At first, the artist is presented to us as a rigorous pupil trained in Filippo Lippi’s workshop. These two portraits of the Virgin and Child show the progression of Botticelli’s work and his independence. His interpretation of the Virgin in the left-hand painting, the ‘Madonna Campana’, illustrates an academic discipline, inspired by his master. The scene on the right, the ‘Madonna with a book’, was painted ten years later and demonstrates a personal appropriation of the subject. The Virgin’s face is rounder, and her posture inspires a more intimate bond between her and the Child. Botticelli takes liberties, notably by adding details such as the golden crown of thorns around the Child’s wrist or the bowl of fruit in the background. These details swathe the characters and enhance the intimacy of the moment. They add a more ‘familiar’ aspect to the painting and foreshadow the artist’s taste for almost ‘bucolic’ scenes. The exhibition presents the ‘Madonna with a book’ as the starting point for the development of Botticelli’s unique style. 

A highlight of the exhibition is the emphasis on the collaborative spirit that prevailed in Florence. The painting The Judgement of Pâris, attributed to Botticelli at the end of the 18th century, is in fact the result of collaborative work by the artist’s assistants. The term ‘designer’ is therefore attributed to the artist for his inventiveness and the thought process behind his drawings. The exhibition labels clearly indicate Botticelli’s involvement in all the works on display. The details of the faces or the precision of the gestures were almost always executed by the master himself. The popularity of his studio and the frequency of commissions led the Florentine artist to work with assistants and to delegate the most « mechanical » tasks to them. These collaborative works nevertheless remain ‘Botticelli’s works’. They were created according to his ‘design’ and contain unique elements that reveal the artist’s ‘trademark’. Here, the silhouettes of the three goddesses (from left to right: Minerva, Juno and Venus) betray Botticelli’s unique style. From their slender bodies to the wave of their hair, the three goddesses display unique features, systematically used by Botticelli.

Botticelli et atelier, Le Jugement de Pâris (détail), vers 1482-1485, tempera sur bois. Venise : Fondazione Giorgio Cini (Galleria di Palazzo Cini). © Marion Gallet

The most striking room is certainly that of the myth of Venus. From the 1470s, Botticelli developed his work on the female figure through large mythological compositions. The best known of these, The Birth of Venus and Spring, remain in Florence, in the Uffizi Museum, where they are exhibited. However, the exhibition at Jacquemart André gives us access to two representations of the goddess, inspired by the ancient sculpture Venus Pudica.

In a slight contrapposto and with her hands hiding her private parts, the posture of the goddess bears witness to this ancient influence. Almost identical, their arrangement in the room encourages the public to play the game of 7 differences, identifying the elements that could differentiate them. This room perfectly illustrates the ‘strategies of duplication and reuse of models’, admirably mastered by Botticelli and the workshop he directed. Indeed, these works demonstrate his ability to use the figure of Venus in several compositions, while renewing his creations so as not to tire his audience. Thus, the exhibition describes Botticelli as a ‘genius of reuse’, whose inventiveness continued to leave its mark long after his death.

The Venus Myth room also contains the emblematic work of the exhibition: La Belle Simonetta. It is worth noting that the paintings in this room are not attributed to the work of Botticelli’s assistants but to the artist alone. We can therefore imagine that the representation of idealised female figures was a more personal activity for the artist. This was based on a very well-known model in Florence: Simonetta Vespucci. Botticelli reproduced her features many times, notably for one of the three graces in Spring. Here, the black background highlights the clarity of her skin and the delicacy of her face. As usual, Botticelli combined several sources of inspiration. Indeed, we can find features similar to those of the goddess Minerva in The Judgement of Pâris. The exhibition thus allows the public to make links between the artist’s different works and creative periods. By practising the creation of idealised figures such as La Belle Simonetta, the artist was able to showcase his talents and thus ‘sell’ himself to the most powerful art patrons in Florence. Botticelli subsequently painted many portraits of the members of the Medici family, for whom he worked.

Botticelli, Figure allégorique dite La Belle Simonetta, vers 1485, tempera et huile sur bois de peuplier. Francfort-sur-le-Main : Städel Museum. © Marion Gallet

Finally, the penultimate room is devoted to religious paintings, for which commissions proliferated in Botticelli’s workshop. As Saint John the Baptist was the patron saint of Florence, we can observe his presence in numerous representations. Botticelli in fact used this theme in different forms in order to meet the expectations of the Florentine public. The tondo, a round painting, was particularly intended for private devotion. Paintings in more classical formats (such as the one on the right), often exhibited in places of worship, lead to a more in-depth reflection on religious issues. Described here as a ‘true momento mori’, this depiction of the Virgin, the Child, and the young John the Baptist points directly to the future sacrifice of Christ. The rosebush in the background is reminiscent of the crown of thorns, while the cross stands tall as an evil omen. The attitude of the figures also raises the question of death. By bending over to hold her son, the Virgin is trying to hold him back and prevent him from going to the sacrifice intended for him. As for the embrace between the Child and the young Saint John the Baptist, it seems to represent a sign of farewell, like a last adoration.

This exhibition was, in my opinion, quite successful. The immense work carried out by Ana Debenedetti and Pierre Curie, who gathered works from a dozen European museums (the Louvre, the National Gallery, the Rijksmuseum, the Vatican libraries…), must already be underlined. I also found the explanatory labels very well written and very accessible for an unacquainted public. In spite of a sometimes clumsy organisation (the placement of the final rooms close to the entrance made the circulation complicated), the chronological scenography was quite captivating. In comparison with the exhibition of Botticelli’s works at the Uffizi Museum in Florence, I nevertheless found that the paintings were not sufficiently highlighted by the lighting. The atmosphere was often too dark, whereas I had a luminous memory of Botticelli’s works. But the grouping of so many of the artist’s works seems to me to be exceptional enough to motivate you to go there as soon as possible !

 

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