Le classique de la semaine : Gatsby le magnifique, de Fitzgerald

Y a-t-il de roman plus désespérant que celui de Fitzgerald ? La première phrase et la dernière scène nous offrent la compréhension nette et complète de ce qu’est, en réalité, la magnificence du fameux Gatsby.

Chaque fois que tu te prépares à critiquer quelqu’un, m’a-t-il dit, souviens-toi qu’en venant sur terre tout le monde n’a pas eu droit aux mêmes avantages que toi.

Premières lignes du roman

ATTENTION à celles et ceux qui n’auraient pas lu tout le livre, cet article révèle la chute du roman.

Fraîchement installé sur la presqu’île de Long Island, le narrateur, Nick Carraway découvre avec stupeur les fêtes extravagantes données par son mystérieux voisin. Résidant à West Egg, Nick est entouré de nouveaux riches peu éduqués. En face s’étend East Egg, lieu huppé de la bonne bourgeoisie établie. Se presse dans la grande demeure de Gatsby une foule interlope de jeunes hommes et femmes à la mode qui festoient toute la nuit. Alors que Nick se rend à une de ces soirées, il découvre que personne ne connaît réellement la vie du propriétaire, qui donne lieu à tous les fantasmes. Le narrateur le rencontre finalement, devient son ami et découvre sa raison de vivre : son amour malheureux pour la fabuleuse Daisy, la cousine du narrateur. Gatsby n’a plus qu’une idée en tête, organiser une rencontre avec Daisy, et se réunir enfin.

Source : fnac

Homme de son temps, Fitzgerald évoque la vie mondaine new-yorkaise de l’entre-deux-guerre. Publié en plein milieu de la décennie des années 1920, ce roman contribue à mettre en scène la jeunesse dorée américaine, enrichie après la guerre. Il évoque également ce sentiment de laisser-aller, de fuite en avant propre à cette génération qui danse sur un volcan. Cette jeunesse sort et danse au son du jazz, cette musique qui incorpore l’héritage afro-américain et européen à elle toute seule. Si l’on se déhanche avec extravagance sur une musique qui semble presque dissonante, l’on ne boit pas, du moins officiellement. Les années 1920 sont en effet celles de la prohibition de l’alcool, dont les effets sur la consommation restent discutés encore aujourd’hui.

Fitzgerald élabore ici un roman de la fausseté, du mensonge, et de la superficialité. Tout n’est que décor et que poudre aux yeux. Les personnages ne sont pas ce qu’ils semblent et les émotions ne sont jamais stabilisées. Prenons quelques exemples. Dans le genre roman de moeurs, Tom Buchanan trompe sa très belle épouse avec la femme d’un garagiste qui cherche à s’élever de son milieu. L’amie de Daisy, Jordan Baker, est devenue une vedette de golf en trichant. La liste est longue. De manière moins anecdotique, les personnages paraissent incertains, fantasques, changeant. Les relations ne durent pas, les personnages s’éloignent. L’exemple le plus frappant est l’enterrement de Gatsby, auquel ne sont présents que son père et le narrateur. Des centaines de célébrités d’un soir qui se pressaient aux soirées organisées par Gatsby, personne n’est venu. Lui si célèbre et si couru, se retrouve seul dans la mort. C’est avec émotion que le lecteur réalise, avec le narrateur, la vacuité des relations sociales.

Nous l’avons dit, le roman traite d’une histoire d’amour avortée et impossible entre les deux personnages. Si Daisy et Gatsby ont été fiancés pendant leur jeunesse, on comprend rapidement que Daisy recherche une aisance financière que ne possède pas le jeune Gatsby. C’est pour cette raison qu’elle se marie avec un Tom Buchanan, un jeune homme riche mais rustre. Malgré les retrouvailles décrites au milieu de l’intrigue, ils ne sont plus sur la même longueur d’onde. Gatsby a acquis toutes ces richesses pour éblouir Daisy, la rattraper. Daisy est subjuguée par ce luxe, mais n’en aime pas pour autant son possesseur. La célèbre scène de réunion de Daisy et Gatsby souligne ce fait avec insistance. Alors que les trois personnages principaux visitent la belle demeure, Daisy fond en larme lorsque Gatsby lui présente de somptueuses chemises de confection anglaise. La confusion entre amour et richesse est très prégnant dans l’élaboration de ce personnage, qui oscille sans cesse entre ces deux pôles. L’issue ne peut qu’être négative.

Source : fnac

Finalement, il y a dans ce roman un sentiment d’absurdité de nature presque métaphysique, dans l’objet même de la mort de Gatsby. Rappelons les faits. Le mari de la maîtresse de Tom Buchanan découvre le pot au rose. Il a vu sa femme monter dans une voiture crème, appartenant en réalité à Gatsby. Alors qu’il retrouve la fameuse voiture, il se rend compte que son possesseur est Gatsby. Deux et deux font quatre, et il prend Gatsby pour l’amant de sa femme. Tout cela se termine par des coups de pistolets, et c’en est fini de Jay Gats. Quoi de plus absurde, de plus inutile que de mourir en expiant sans le savoir un crime que l’on n’a même pas commis. Il y a, pour moi ici, quelque chose de poignant par l’absence de sens donné à ce geste : jusqu’au bout, ce sera une vie ratée, une vie pour rien.

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