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Petit guide de résistance à l’éco-anxiété

Les paramètres de la vie courante capables de générer des troubles anxieux peuvent aller de la phobie scolaire à l’école, au burn-out au travail, en passant par la dépression nerveuse consécutive à la perte d’un proche ou à un traumatisme plus grave. Mais s’il y a bien un facteur qu’il y a peu de temps on était encore incapables d’imaginer comme étant porteur d’anxiété, c’était bien l’écologie. La guerre, la famine, ou encore les maladies (petit clin d’œil à notre actualité évidente) semblaient jusqu’à présent être plus susceptibles d’engendrer de l’anxiété, pourtant, le développement de ce sentiment grandissant suit une certaine logique. Tout un pan de la population, et au premier plan les jeunes, se trouve face à l’impression que tout est perdu de manière générale. Ce phénomène est basé sur l’idée angoissante selon laquelle la Terre est notre seul habitat possible, et bien que j’aie tout à fait confiance en nos ingénieurs pour nous emmener un jour habiter sur Mars ou sur la Lune, nous n’avons qu’une seule maison dont nous ne pourrons vraisemblablement pas nous enfuir avant quelques temps. 

Des jeunes qui perdent foi en l’avenir : un « lorsqu’on sera grands » dénué de sens

Inventé en 1996 par le docteur Véronique Lapaige, médecin-chercheur en santé publique et santé mentale, le terme d’éco-anxiété (ou solastalgie) désigne cette souffrance tant psychologique qu’existentielle engendrée par notre perception des catastrophes écologiques, et plus globalement par les conséquences du changement climatique. Ce mal-être se répand avec une telle intensité qu’on pourrait presque se demander s’il ne constituerait pas un problème de santé publique. Il apparaît clair que le plus préoccupant pour les jeunes touchés par l’éco-anxiété, c’est la difficulté de se projeter dans un futur qui semble peu reluisant, à une période de leurs vies où il est impératif (et normal) de pouvoir rêver de son futur avec ambition. Le « lorsqu’on sera grands » qui emplissait autrefois les jeunes d’espoir est aujourd’hui source de tourments plus que de projets. Le simple fait d’envisager de ne pas souhaiter avoir de descendance pour cette raison est très alarmant. Faisons donc un rapide panorama des raisons qui expliquent ce comportement et découvrons ensemble comment les combattre.

Les réseaux sociaux et les médias porteurs de mauvaises nouvelles

Comme le rappelle Véronique Lapaige, il faut avant tout voir ce phénomène comme un « moteur visant à changer les choses ». Elle explique que les jeunes vont se trouver beaucoup plus touchés pour deux raisons : la première, évidente, est liée au flux continu d’information auquel ces derniers sont exposés via les réseaux sociaux, les canaux multimédias en général comme YouTube, et dans une moindre mesure, la télévision. La seconde correspond à la période dans laquelle nous vivons actuellement : nous nous trouvons dans une époque où, contrairement à celle durant laquelle nos parents avaient notre âge, il est de plus en plus difficile de nier les changements dramatiques liés à l’environnement. Ce qui peut amener à une certaine incompréhension entre notre génération et celle de nos parents, ces derniers ayant vécu leur jeunesse dans un contexte où cette problématique du réchauffement climatique était bien moindre.

[Véronique Lapaige à propos des jeunes] « Il faut les laisser respirer, éviter de répéter en boucle à quel point notre monde est voué à une fin terrible, et limiter la consultation continuelle des réseaux sociaux sur ces sujets car ressasser ces mauvaises nouvelles en permanence constitue un facteur de mal-être important. Et puis, il ne faut pas oublier que ce n’est pas parce qu’on s’engage qu’on ne peut plus rire ou s’amuser…» 

La chercheuse insiste bien sur le caractère collectif de cette anxiété, il ne s’agit donc pas de soulager une peur réelle de manière individuelle comme n’importe quel trouble anxieux, il s’agit réellement de donner à notre génération un certain recul et une perception qui soit autre que les cris d’alarmes véhéments d’un côté et le scepticisme dédaigneux de l’autre.

S’extraire du marasme général, croiser les sources et prendre du recul 

Il importe en effet presque urgemment de reprendre le contrôle sur notre perception de l’actualité dans une époque qui laisse de moins en moins de place à la nuance. Les médias sont souvent saturés de climatosceptiques niant les impacts évidents du réchauffement climatique, ou, à l’autre extrême, de ceux qu’Eric Dupont-Moretti appelait les « ayatollah de l’écologie ». Lorsque l’on pense à ces derniers, difficile de ne pas mentionner les déclarations de Greta Thunberg au sommet de Davos invitant les hommes d’État présents à se mettre à paniquer plutôt que de formuler des vœux d’espoir. Si ce message avait vocation à faire réaliser à la classe dirigeante la peur qui habite une grande partie des jeunes, dont l’activiste suédoise ; il faut veiller, pour ne pas perdre en efficacité, à ne pas tomber dans un marasme général. Nul besoin que l’on nous explique à longueur de journée que tout va bien, ou au contraire que l’on va tous mourir. Mais quelle position adopter au milieu de ces discours polarisés, de ces injonctions à agir, ou au contraire, à poursuivre notre train de vie actuel… ? Il ne serait pas productif de s’interdire d’écouter ces porte-parole qui contribuent parfois, à tort ou à raison, à intensifier le sentiment d’éco-anxiété. Il convient d’enrichir notre pensée tant des paroles prononcées par ces acteurs publics (qui gardent un rôle politique) tels que Greta Thunberg, le GIEC ou encore le président Macron ; mais il est également important d’écouter ce que les chercheurs ont à nous dire. Ces derniers, puisque se basant sur des faits scientifiques, tiennent souvent des propos beaucoup plus nuancés. Jean-Marc Jancovici par exemple, et ce depuis plusieurs années maintenant, est régulièrement invité pour discuter de ces problématiques avec un regard autre (qu’on peut presque qualifier de dépolitisé). Il exprime notamment l’opinion peu partagée selon laquelle il ne faudrait pas se séparer du nucléaire pour engendrer les changements sociétaux nécessaires à la lutte contre le changement climatique. 

Trouver de l’espoir dans l’innovation et croire en la force d’adaptation de l’Homme

Si le scénario actuel se poursuit, il est vraisemblable que nous atteignions les trois degrés d’augmentation de température à l’horizon 2100. C’est une situation grave mais pas pour autant sans espoir. Le coût de l’énergie solaire et de l’éolien diminue drastiquement, et de façon générale, les chercheurs du monde entier tentent de faire baisser le coût de production des nouvelles technologies. D’un certain point de vue, les émissions de CO² se détachent de l’économie,et on voit progressivement émerger des technologies de capture de carbone. Ce n’est pas parfait, il faudrait encore aller plus vite mais le fait que cette problématique de réchauffement climatique devienne de plus en plus entendue par un panel de plus en plus large de la population semble indiquer une tendance plutôt positive. C’est par une approche beaucoup plus déterministe que nous arriverons à nous détacher des médias opportunistes et alarmistes guidés par le seul fait de vouloir faire de l’audience. 

J’en conclurai par des mots plus personnels et tirés d’une déclaration que j’avais entendue d’un paléontologue il y a quelques mois dans un journal dont j’ai oublié le nom : je suis pour ma part persuadé qu’il arrivera un moment où les hommes et femmes de ce monde, juristes, agronomes, ingénieurs et peut-être les dirigeants trouveront une solution pour s’adapter à ce monde qui change, parce que, depuis qu’elle existe, c’est ce que l’humanité a toujours fait.

Sources :

https://www.nationalgeographic.fr/sciences/2020/04/leco-anxiete-le-nouveau-mal-du-siecle
https://www.lefigaro.fr/politique/ayatollah-de-l-ecologie-dupond-moretti-se-defend-apres-ses-propos-polemiques-20200817
https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/developpement-durable/qu-est-ce-que-l-eco-anxiete-et-soeur-jumelle-la-solastalgie_163637

 

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