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L’exécutif surfe sur les influenceurs

Lors des élections régionales de 2021, alors que 67% des Français, tous âges confondus, se sont abstenus, 87% des 18-24 ans ne sont pas allés voter. Des chiffres records, mais surtout inquiétants. Pour tenter de réconcilier les jeunes avec la politique, les tentatives sont nombreuses, mais pas les succès. Le quinquennat d’Emmanuel Macron a été marqué par plusieurs essais d’atteindre les jeunes en ayant recours à des personnalités publiques, notamment travaillant sur les réseaux sociaux, provoquant réactions et critiques.

La jeunesse, les étudiants et les influenceurs

Au mois de février 2021, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, décide de mettre en place une émission #sansfiltre, dans laquelle il invite des influenceurs afin de répondre aux « questions posées par la communauté des invités ». En février 2021, nous étions au quatrième mois de fermeture des universités et des établissements de l’enseignement supérieur, et environ 60% des étudiants présentaient des signes de détresse psychologique.

Chaîne Twitch de Gabriel Attal lors de l’émission #sansfiltre

Le porte-parole du gouvernement décide alors que sa première émission se concentrera sur la détresse étudiante ainsi que sur les effets de la crise sanitaire sur les jeunes. Pour cela, il invite EnjoyPhoenix, suivie par plus de 5,3 millions de personnes sur Instagram, mais aussi Fabian, qui comptabilise 770.000 abonnés sur le même réseau social. Il est à noter qu’aucune de ces deux personnalités ne suit de cursus universitaire. Dès le début de l’émission, en live sur la plateforme de streaming Twitch, Twitter s’affole. Le lendemain de l’émission, le #etudiantsmaispasinfluenceurs est en Top Tweet, avec environ 58.000 tweets publiés. Les internautes s’indignent que des « vedettes » soient invitées pour parler de sujet qu’elles ne connaissent pas, d’autant qu’elles ne semblent pas être précaires et ne sont, pas même, étudiantes. Beaucoup de jeunes s’indignent de cette manœuvre digitale, qui mettre un coup d’arrêt à l’émission de Gabriel Attal, qu’il ne poursuivra. Aucun autre rendez-vous mensuel n’a été organisé après celui-ci.

Emmanuel Macron sur youtube

La tentative de secrétaire d’État n’est pas une exception au cours du quinquennat Macron, puisque même le Président s’est essayé à une collaboration avec des influenceurs dans le but d’atteindre les jeunes. En pleine crise sanitaire, il propose à deux youtubeurs, McFly et Carlito, qui comptabilisent plus de 6 millions d’abonnés sur YouTube, de réaliser une vidéo encourageant au respect des gestes barrières. Il précise que si la vidéo est un succès, il acceptera de faire une vidéo avec eux. Les deux youtubeurs décident de relever le défi après, selon leurs dire, de longues hésitations et discussions parfois houleuses avec leurs proches. Ils indiquent que si la vidéo atteint 10 millions de vues, ils feront un « concours d’anecdotes », jeu phare de leur chaîne YouTube, avec le président.

E. Macron lors d’une allocution remplissant son défi suite à la vidéo

Quelques jours après la publication de leur clip « Je me souviens », qui rappelle l’importance des gestes barrières, la vidéo atteint facilement les 10 millions de vues et le Président s’engage à participer au concours d’anecdotes. Quoi de plus tentant que de voir Emmanuel Macron se prêter au jeu des deux youtubeurs ?

Les internautes sont divisées suite à cette vidéo. Alors que certains ont estimé que ce fut une bonne chose que le Président communique par des plateformes d’informations susceptibles de toucher les jeunes, d’autres considèrent que le Président n’a pas à s’immiscer dans les réseaux de divertissements de la jeunesse, ou encore qu’il s’agit d’une stratégie déloyale.

La téléréalité et Marlène Schiappa

La dernière tentative en date de la part de l’exécutif pour faire que les jeunes s’intéressent à la politique est l’invitation par Marlène Schiappa de Maïssane Aghioul, Victoria Mehault, Isabeau Delatour, Lena Guillou et Neverly, qui ont toutes entre 250.000 et 1,5million d’abonnés sur leur compte Instagram. Elles se sont fait connaître du grand public grâce à des émissions de téléréalité, comme « Les Marseillais », une émission populaire de la chaîne W9. Marlène Schiappa a invité les influenceuses dans le but de discuter des problèmes auxquels les femmes doivent faire face, comme le harcèlement de rue, la charge mentale ou les violences conjugales. Si la démarche n’a pas posé problème (bien que ce soit discutable), les vidéos publiées par les invitées de la ministre déléguée ont fait polémique.

On peut voir les influenceuses dans une voiture dire : « On va chez Madame la Reine » et donner divers surnoms à Marlène Schiappa. Leur manque de professionnalisme leur a été reproché et il a été considéré qu’elles ne pouvaient être des porte-paroles crédibles concernant des questions sur la cause des femmes. La ministre déléguée a alors défendue ses invités. Elle indique que l’origine professionnelle d’une personne ne suffit pas pour indiquer que les échanges ne seront pas fructueux.

L’exécutif a de plus en plus recours à des personnalités du web pour essayer de communiquer avec les jeunes. Il semblerait pourtant que, à chaque occasion, les invités ont posé problème. Très rapidement, les réseaux sociaux s’enflamment et dénoncent que les personnalités invitées ne sont pas représentatives. Cependant, tout buzz étant un buzz, même mauvais, il semblerait que l’exécutif atteigne son objectif, à savoir que les jeunes s’intéressent à la politique. Que cette stratégie fonctionne ou non, il est dommage de réduire les jeunes à des figures populaires du web. D’autant que ni Enjoy Phoenix, ni des anciennes stars de la téléréalité, ou encore McFly et Carlito, ne sont représentatifs de la jeunesse, de leurs problèmes et de leurs demandes. On peut dès lors se questionner sur l’intention du côté des pouvoirs publics de mobiliser ces personnes ? La forme semble être préférée au fond. Après tout, cela apparaît être chose courante, lorsque l’on se rappelle que le Président a rencontré Didier Raoult au pire de la crise sanitaire ou qu’il se soit entretenu avec Jean-Marie Bigard pour évoquer la fermeture des bars … Politiser les jeunes, oui, mais à quel prix ? Tel est la question que devrait se poser l’exécutif, et dépasser la simple échéance électorale afin de sensibiliser sur le fond.

 

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