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Réconcilier économie et écologie

Dans nos sociétés complexes, il est nécessaire pour ceux qui gouvernent de s’appuyer sur des indicateurs comme un pilote le ferait avec ses instruments de bord. Pour les gouvernements, le PIB est un indicateur économique de première importance. Il suffit de voir à quel point sa croissance fait l’objet d’une attention absolue. Nous pouvons même dire qu’il dépasse ses fonctions dans la mesure où sa croissance devient l’objectif principal des sociétés occidentales. De ce fait, son corollaire, le pouvoir d’achat, est devenu la préoccupation principale des Français selon plusieurs sondages (Elabe, OpinionWayOdoxa-FG2A).

Dans le même temps, la planète se réchauffe, les déserts progressent, le vivant s’effondre, la guerre revient en Europe, mais la croissance du PIB revient en France avec une prévision supérieure à 2% pour 2022, génial non ? Pas sûr… Ne devrions-nous pas reconsidérer un peu la pertinence de cet indicateur économique ? Par quoi pourrait-on le remplacer ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

Un problème d’indicateurs

Actuellement, le pilotage des nations, s’effectue principalement en scrutant les indicateurs purement économiques et en particulier le PIB. Un PIB fort et en croissance est un signe de bonne santé pour un état. Cet indicateur est tellement important que sa croissance occupe un espace médiatique hallucinant et qu’elle devient l’un des seuls horizons des civilisations occidentales.

Pour autant, se réduire à piloter à vue en utilisant un seul instrument est dangereux. En suivant ce raisonnement on peut considérer qu’une guerre ou une catastrophe naturelle est une bonne nouvelle puisqu’elle renforce le PIB ! Reconstruire des infrastructures, fabriquer de l’armement, faire des découvertes applicables ensuite dans l’industrie civile, quelle aubaine ! Cela montre bien que nous donnons trop d’importance à cet indicateur qui n’est certainement pas le plus adapté, que ce soit pour la bonne santé économique ou socio-écologique d’un pays.

Vers un nouveau tableau de bord

Il est donc nécessaire de créer de nouveaux indicateurs, qui ne prennent pas uniquement en compte la performance économique des entreprises, mais aussi environnementales et sociétales. Depuis les années 90, un concept de comptabilité à l’échelle des entreprises propose de prendre en compte ces différents aspects, c’est la comptabilité en triple capital (plus d’informations : interview Timothée). L’objectif serait alors de valoriser financièrement les activités d’une entreprise ayant un effet bénéfique pour l’environnement et/ou la société. Une manière de réinventer notre vision des systèmes de production. Actuellement, l’absence de prise en compte de ces contributions pose un vrai problème puisqu’elle n’incite pas les entreprises à adopter des comportements vertueux. De la même manière, les entreprises extrêmement polluantes ne voient pas leur bilan comptable impacté. C’est ce qui explique par exemple la situation extrêmement complexe de l’ancienne mine d’or de Salsigne dans l’Aude. L’exploitant a profité du gisement pour s’enrichir mais n’a pas réalisé les travaux nécessaires à la sécurisation du site après son exploitation. C’est une situation récurrente en France.

Sans capital naturel pas de croissance économique

De tout temps, les hommes ont puisé leurs ressources dans l’environnement. Notre civilisation est parvenue à cacher notre dépendance à ces ressources naturelles en créant une distance toujours plus grande entre le produit fini et la ressource initialement utilisée. Pour autant, les machines et les infrastructures urbaines dont nous dépendons sont le résultat de la transformation de ressources naturelles et non de l’unique génie humain. Le rythme auquel nous transformons ces ressources est actuellement beaucoup trop élevé. C’est pourquoi nous parlons dès le mois de septembre de « jour du dépassement ». Conceptuellement, au-delà de cette date, toutes les ressources que nous utilisons ne pourront pas être renouvelées l’année suivante.

Nous puisons donc dans la réserve, dans le capital naturel. Mais, certaines composantes de ce capital sont essentielles à nos vies. Je pense à la fertilité des sols, à la disponibilité en eau douce et en air de qualité. A l’inverse, l’argent est une croyance, une fiction utile, en somme. En effet, l’utilisation de la monnaie a permis de faciliter les échanges dès lors que les parties prenantes de ces échanges accordaient leur confiance à la valeur de cet argent (pour plus d’informations : « Sapiens » de Yuval Noah Harari).

Néanmoins, l’argent n’est pas vital et par extension, sa croissance non plus. Alors que le capital naturel, lui, est absolument essentiel à nos existences. Prendrons-nous le risque de le détruire au nom d’une croyance ?

Alexandre Lacou

Ressources

Livre Yuval Noah Harari : « Sapiens : Une brève histoire de l’humanité», Albin Michel

Interview Timothée Parrique, Time for the Planet

 

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