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Comprendre (écologie)

La REUT en agriculture, qu’est-ce que c’est ?

La REUT est le terme français pour parler de la « réutilisation des eaux usées traitées ». Il s’agit donc de valoriser tout où une partie des eaux usées ayant été traitées dans des stations d’épuration. Au niveau international, on parle de Reuse. En France, aujourd’hui, seulement 1% de l’eau traitée est réutilisée, le reste étant rejeté dans le milieu naturel. Certains pays sont plus avancés dans le domaine comme Israel et la Palestine, l’Espagne ou encore l’Italie.

Le point sur les stations d’épurations

Circuit d’une station d’épuration (Source : SDEA)

Dans un premier temps, l’eau qui arrive en station subit un prétraitement ou traitement primaire. Il s’agit des étapes de dégrillage, dessablage et dégraissage afin de retenir les éléments les plus grossiers, sables et graisses.

Ensuite vient le traitement secondaire. Une étape de traitement biologique est mise en place, où des micro-organismes vont dégrader la matière organique en utilisant du dioxygène. Après décantation, les matières agglomérées par les micro-organismes sont récupérées sous forme de boues. Le traitement biologique est associé à des traitements physico-chimiques, principalement coagulation et floculation, pour les matières non biodégradables.

La majorité des eaux épurées sont rejetées dans le milieu naturel après le traitement secondaire. A ce stade, les agences de l’eau indiquent que l’eau a été purgée d’environ 90% de ses polluants et que les processus naturels achèveront de résorber la pollution restante. Cependant, un traitement tertiaire peut avoir lieu et notamment dans les projets de REUT, afin de filtrer et désinfecter davantage l’eau sortant de la station.

Depuis quelques années en France, la question de la réutilisation directe de l’eau usée provenant de ces stations pour l’usage agricole est mise sur la table. La règlementation française et européenne a évolué récemment pour encadrer ces projets. 

Quelle eau pour quel usage ?

La législation française classe depuis 2010 dans différentes catégories les eaux de sorties de stations d’épurations en fonction de leur qualité sanitaire.

Quatre catégories sont ainsi définies. Les eaux avec les standards de qualités les moins élevés (mais qui respectent tout de même les normes de rejet dans l’environnement) sont destinées aux forêts et aux cultures fruitières, fourragères, florales ou céréalières. Dans ces cas-là, l’irrigation ne peut se faire que via des systèmes d’irrigation localisée, au voisinage immédiat des plantes.

Celles ayant une qualité sanitaire plus élevée (catégories A et B) sont destinées aux cultures maraichères, pâturages, fourrages frais ou encore les espaces verts, et notamment les golfs. Les établissements concernés doivent cependant irriguer en dehors des heures d’ouverture au public.

L’intérêt de la REUT pour l’agriculture

Plusieurs aspects font que cette pratique peut s’avérer souhaitable. Dans un premier temps, les eaux de station d’épuration restent chargées en azote et en phosphore. Utiliser cette eau pour l’agriculture permettrait donc de réduire les risques d’eutrophisation des eaux de surface, mais elle serait également une source de fertilisation des sols.

La réutilisation des eaux usées traitées peut jouer sur la disponibilité de la ressource en eau, par exemple en rechargeant les nappes ou en diminuant la pression sur la ressource pendant les périodes estivales. Créer de nouvelles zones humides ou en étendre celles déjà existante est aussi envisageable, avec le développement de la biodiversité qui fournit les services écosystémiques utiles pour la dépollution de l’eau.

Sur le point de vue économique, plusieurs avantages sont également mis en lumière. Les coûts énergétiques de pompage et de transport d’eau souterraine diminuent à mesure que la ressource est substituée. L’activité économique agricole serait stimulée grâce à un meilleur accès à l’irrigation. Ces projets sont également créateurs d’emplois.

Enfin, il est important de souligner que la substitution de la ressource en eau pour l’irrigation permettrait également de réduire les conflits d’usages et d’économiser l’eau potable en la réservant pour l’usage domestique.

Alors où est ce qu’on signe ?

Bien que la REUT puisse paraître une solution écologique et économique souhaitable, quelques freins empêchent ou ralentissent le développement de certains projets.

En premier lieu, l’acceptabilité sociale de cette pratique fait débat. Selon une enquête du Commissariat Général du Développement Durable de 2014, un tiers des français ne serait pas prêt à consommer des fruits et légumes irrigués avec de l’eau traitée. En réalité, la France importe des produits agroalimentaires issus d’Espagne qui réutilise une partie de l’eau traitée dans le secteur agricole.

Quelques enjeux environnementaux liés à la REUT ne doivent cependant pas être écartés. Il existe des risques sanitaires liés à la présence de pathogène malgré les traitements en station d’épuration. Certains produits chimiques peuvent n’être que partiellement dégradés après le processus et conduire à une pollution des sols. Les eaux souterraines peuvent également être impactées par ces polluants mais également par les nutriments (nitrates, matière organique) contenus dans l’eau traitée.

Economiquement, ce genre de projets nécessitent des investissements colossaux et doivent pouvoir être supportés par les pouvoirs publics. Ils peuvent cependant être des atouts non négligeables dans le contexte de changement climatique auquel nous faisons face et qui va très certainement s’accentuer à l’avenir. Cette pratique est en plein développement. Aujourd’hui il apparaît nécessaire d’essaimer ces projets en privilégiant les zones où la pression sur la ressource est forte, améliorant l’efficience de l’irrigation et en surveillant systématiquement les nappes afin de construire une économie circulaire autour de cette ressource indispensable à la vie qu’est l’eau.

Tom Azoulay

Sources 

Boufous S., 2015, Vers une économie circulaire de l’eau, AgroParisTech – OIEau, 34 p.

Commissariat Général du Développement Durable, 2014b. Ressources en eau : perception et consommation des Français – Résultats d’enquête. Études & documents – Économie et Évaluation, 106, pp. 7-56.

Les agences de l’eau et ONEMA, L’épuration de l’eau, fiche 10. 25/06/2022, Disponible sur : https://www.eaufrance.fr/sites/default/files/2018-08/fiche-10-epuration-eaux-usees-agences-de-l-eau-onema-2012.pdf Savary P., 2014. Les cours d’épuration des eaux usées. Montpellier, AgroParisTech – Engref, 59 p.

 

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