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Ecologie : La présidentielle un révélateur de la nécessité de l’action locale ?

Le débat présidentiel de ce mercredi l’a encore confirmé l’écologie n’est pas au centre des préoccupations. Pourtant, les divers équilibres planétaires nécessaires au développement et à la prospérité de notre civilisation sont menacés. Je parle ici de la pollution chimique dont nous avons récemment dépassé les limites planétaires, de l’érosion de la biodiversité par l’extermination de nombreuses espèces, du dérèglement climatique… Nous sommes véritablement en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Le Monde d’Après né du covid n’est pas advenu et n’adviendra pas. Tel un Phoenix maudit, le Monde d’Avant renaît, toujours plus féroce.

Il faut réagir. L’heure n’est plus au constat, rien ne bouge, la situation empire et elle continuera à empirer tant que nous resterons dans cette sorte d’apathie collective. Nous pouvons continuer à dénoncer les pratiques et les comportements des uns, les décisions des autres, rien ne changera. Il nous faut nous prendre en main, prendre nos responsabilités et lancer un mouvement de fond qui part de chacun de nous, à notre échelle.

Le changement viendra-t-il d’en haut ?

Notre modèle économique repose essentiellement sur la production de biens et de services qui nécessitent de transformer des ressources en utilisant de l’énergie (Source : The shift project). C’est la raison pour laquelle la croissance économique, condition nécessaire au bon fonctionnement de ce système, est directement liée à la consommation d’énergie. Or, consommer plus d’énergie c’est accroître les effets du dérèglement climatique. C’est aussi accroître la pollution chimique en allant chercher des ressources toujours plus difficiles à extraire (pétrole et gaz de schiste, sables bitumineux…). Finalement, pour que ce système fonctionne bien, il faut sans cesse accélérer le rythme qui nous entraine vers notre propre destruction…

Source : The Shift ProjectGDP (=PIB en français)

Ce qui me parait encore plus incroyable c’est de constater que le pouvoir d’achat et donc la croissance économique qui lui est associée, est la première priorité des français et donc des hommes et femmes politiques, pour la plupart. Car finalement, qu’est-ce que cela peut bien nous apporter ? Pour justifier de prendre le risque de rendre la terre inhabitable, ce pouvoir d’achat doit donc revêtir un intérêt suprême. J’ai trouvé une réponse qui m’a paru satisfaisante dans « Les portes de la perception » de l’immense Aldous Huxley en 1954 : « Ce système ne peut fonctionner, à moins que la demande des choses non nécessaires soit non seulement maintenue, mais continuellement accrue : et, bien entendu, elle ne peut être maintenue et accrue, que par des appels incessants à la cupidité, à l’esprit de concurrence, et à l’amour de la stimulation sans but ». L’intérêt ultime est donc la stimulation sans but… Beau projet n’est-ce pas ? Alors, j’ai bien peur qu’il ne faille pas compter sur un changement venant de nos dirigeants puisqu’ils représentent les intérêts d’une « majorité » dont la principale source d’inquiétude serait leur pouvoir d’achat et donc de destruction.

Si ce ne sont les politiques alors le génie humain nous sauvera..

Pour commencer, je ne pense pas que l’humanité n’ait jamais été confronté à un problème de cette nature et à une échelle aussi globale, planétaire.  Ensuite, il parait peu probable que nous trouvions une solution technique à chacun des problèmes qui vont se poser. Ne serait-ce que pour ce qui concerne la pollution chimique, la situation est d’ores et déjà hors de contrôle… (lire notre article sur les limites planétaires).

Ensuite, comme l’a dit Einstein en son temps « On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème ». Alors, il me semble risqué d’imaginer que la technologie nous sauvera face aux problèmes qu’elle a elle-même généré. Il faut aussi prendre en compte « l’effet rebond », car en général l’amélioration d’une technologie a un effet nul voir empire la situation. Par exemple, la rénovation thermique des bâtiments a fait l’objet de 340 milliards d’euros d’investissement depuis 2010, la consommation d’énergie est passée de 131 kWh/m2 en 2010 à 130 kWh/m2. L’amélioration de l’isolation a juste permis aux allemands de chauffer plus fort sans voir leur facture grimper. Je vous laisse juger de ce résultat…

De plus, il est sidérant de constater que la question de l’utilité du progrès n’est toujours pas posée. Le progrès est considéré bon en soi. Et jamais nous n’interrogeons sa pertinence et bien souvent il est utilisé seulement selon la grille de lecture économique et de son potentiel à accroître le PIB. Sans jamais s’interroger sur son impact social et environnemental. Alors, si nous sommes toujours à ce niveau de réflexion, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de miser sur le progrès. Je vous renvoie à l’interview Arte très intéressante de l’historien François Jarrige sur le sujet.

Alors, on fait quoi ?

J’en viens donc à l’objet de cet article. J’espère vous avoir convaincu que le changement ne peut pas venir d’en haut et qu’il n’y aura certainement pas une solution venue de nulle part qui nous sauvera tous. Le problème est bien plus profond. Le système socio-économique dans lequel nous vivons nous a profondément aliéné : « l’imbécile que nous avons en nous est devenu l’un des Titans, sur les épaules de qui repose le poids du système social et économique » Aldous Huxley. Il nous faut donc dans un premier temps sortir de cette aliénation. Et rien que cela exige un énorme travail sur soi.

Ensuite, la prise de conscience de la gravité de la situation peut amener à se sentir impuissant et à faire face à des angoisses. C’est tout à fait normal. Pour autant, il faut continuer à avancer car c’est bien là la seule voie vers un monde meilleur. Selon moi, le mieux que nous ayons à faire est de vivre au plus près possible de nos valeurs et de nos principes et d’incarner le changement que nous aimerions voir advenir. Ce changement nous pouvons déjà l’incarner à notre échelle et le faire rayonner localement.

Agir à son échelle, c’est finalement adopter une démarche stoïque, au sens philosophique du terme. C’est agir sur ce sur quoi nous avons prises et ne plus se laisser submerger par ce que nous ne pouvons pas maîtriser. Alors que juger, dénoncer les grands problèmes écologique c’est essayer d’agir à une échelle qui nous dépasse très largement. Je trouve par ailleurs que c’est un comportement trop facile consistant à décharger le poids de la culpabilité sur les autres, alors même que nous sommes très rarement exempts de tous reproches… Soyons honnêtes avec nous-même plutôt que de faire porter la responsabilité sur les autres et agissons à hauteur de nos moyens. Je suis convaincu qu’avec un brin d’audace et de courage nous pouvons tous faire beaucoup mieux !

Finalement, je pense vraiment qu’il est nécessaire et absolument pas naïf de croire qu’un monde juste, équitable, durable et solidaire peut advenir. Nous n’avons rien à perdre à croire en cet idéal puisque le chemin qui y conduit est nettement plus désirable que celui que nous suivons actuellement. Maintenir sous perfusion un système qui nourrit la cupidité, l’esprit de concurrence et l’amour de la stimulation sans but est-il un chemin plus pertinent que celui, certes utopique, qui pourrait nous mener au monde dont nous rêvons ?

Alexandre Lacou

Sources & ressources

Site du Shift Project : https://theshiftproject.org/

Interview François Jarrige : https://www.youtube.com/watch?v=7T6N0Ohm778&t=98s

Livre : « Les portes de la perception », Aldous Huxley, aux éditions 10-18

Article scientifique sur la limite planétaire de la pollution chimique : Persson, L., Carney Almroth, B. M., Collins, C. D., Cornell, S., de Wit, C. A., Diamond, M. L., … & Hauschild, M. Z. (2022). Outside the Safe Operating Space of the Planetary Boundary for Novel Entities. Environmental science & technology.

 

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