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Lil Nas X, Injury Reserve, Poppy… Le meilleur des dernières sorties musicales !

Le nouveau bébé de Lil Nas X, du hip hop expérimental novateur, la relève de la scène musicale queer afro-américaine… Le Tote Bag vous présente les dernières sorties musicales à retenir ! 

Lil Nas X – Montero

C’est fait ! Lil Nas X a enfin accouché, au sens propre comme au sens figuré, de son premier album. Après des mois de teasing enchaînant sketchs, singles très efficaces et polémiques maîtrisées, le jeune génie du marketing viral a enfin l’occasion de montrer l’étendue de son talent musical, deux ans après « Old Town Road » et son succès mondial surprise. L’enjeu était de taille : à seulement 22 ans, Montero Lamar Hill, de son vrai nom, s’est imposé comme un porte-voix majeur de la communauté gay afro-américaine, mettant un point d’honneur à l’importance de la représentation médiatique. De mémoire, jamais un artiste aussi mainstream n’avait osé exposer la sexualité et l’identité gay dans ses paroles ou ses visuels de manière aussi frontale. Une particularité qui n’a fort heureusement pas empêché les deux gros singles de l’album, « Montero (Call me by your name) » et « Industry Baby » de rencontrer un énorme succès critique et commercial, autant auprès du grand public que des fans de hip hop. 

Et pourtant à la première écoute, Montero surprend. Comme le suggère son titre, l’album est très personnel, introspectif, mais surtout riche en lentes balades pop-rock et bien souvent loin des rythmes up-tempo des deux gros singles. En plus de jongler efficacement entre la trap, la pop et le rock, les trompettes, les guitares et le piano d’Elton John se succèdent agréablement sur les 15 morceaux de l’album, majoritairement produits par le duo à l’origine de la plupart de ses hits, Take a Daytrip. Des instrumentales sur lesquelles Lil Nas X n’hésite pas à montrer sa versatilité vocale pour évoquer tour à tour sa dépression, la pression de sa célébrité nouvelle, ses rapports conflictuels avec sa mère, mais aussi des sujets beaucoup moins courants dans le hip hop : ses déboires amoureux avec les hommes, la difficulté de se construire adolescent en étant noir et gay… 

Cette volonté de mettre ces sujets sur le devant de la scène pop dans des morceaux très efficaces est à la fois la force et la limite de ce premier album. Si les pistes sont variées et de qualité, avec leurs refrains entêtants ou leurs punchlines bien senties, elles sont souvent trop courtes, ce qui semble être la norme pour devenir un succès sur Spotify et Tiktok. De plus, elles sont très classiques dans leur construction, se contentant trop souvent de la formule éprouvée « couplet-refrain-couplet-refrain », une poignée d’entre elles seulement se permettant une outro ou un pont apportant un peu de variation. L’album reste néanmoins très prometteur pour la suite et regorge de tubes potentiels.

La pépite pop de l’album, c’est probablement le nouveau single « That’s What I want ». Tout de suite accrocheur, le morceau évoque la difficulté de relationner dans le monde gay et la solitude qui en découle. Dans un clip explicite dont il a le secret, Nas promeut l’usage du préservatif entre deux références au film Brockback Mountain aux côtés de son nouveau compagnon, le danseur Yai Ariza. Le signe d’un prochain album plus gai ? 

Injury Reserve – By the Time I get to Phoenix

Aaron Copland voyait la musique comme la jonction de quatre composants majeurs : la mélodie, les harmonies, le rythme et le timbre. Pourtant, l’absence de mélodie semble s’imposer dans la musique actuelle. D’un côté, la pop lui préfère désormais les hooks, dont la répétition rend l’écoute plus accessible aux auditeurs. De l’autres, la musique expérimentale se concentre sur les autres facettes qui composent la musique afin de s’émanciper de la mélodie et de se rapprocher du sound design. Si Lil Nas X s’inscrit dans la première catégorie en fusant pop et rap, le dernier album du groupe Injury Reserve, sorti le même jour, embrasse lui pleinement le hip-hop expérimental d’une manière novatrice et magistrale. 

L’album est en partie influencé par la mort d’un des membres du trio en 2020, pendant l’élaboration de celui-ci, le rappeur Stepa J Groggs. Ritchie with a T et le producteur Parker Corey, les deux membres restants, lui ont rendu un parfait hommage dans « Top Picks for You », fascinante réflexion sur notre empreinte algorithmique et numérique après la mort, et sur l’émouvant dernier morceau du projet, « Bye Storm ». Mais ils ont surtout respecté sa dernière volonté : continuer à faire la musique « la plus bizarre possible ».

Déjà teinté d’une liberté empruntée au jazz, le hip-hop d’Injury Reserve prend un virage encore plus expérimental, inspiré des improvisations musicales de la scène berlinoise, quitte à se rapprocher d’une forme d’impressionnisme musical, que ce soit sur le plan des paroles ou des instrumentales. L’inquiétant « Footwork in Forest on Fire » allie flow énervé et percussions désorganisées pour créer un sentiment d’urgence évoquant la fuite d’un incendie. Avec leur distorsion et leur rythme erratique, les morceaux suivants, « Ground Zero » et « Smoke don’t clear », parviennent à être encore plus oppressants et constituent le solide coeur de l’album. 

Ce qui fait de By the Time I get to Phoenix une des plus grandes réussites de l’année, c’est clairement cette capacité à créer des moments forts et mémorables dans le chaos. Une qualité qu’on retrouve dans le mémorable single « Knees » ou les deux rappeurs élaborent sur leur rapport à la santé et à l’âge et qui semble prendre une toute nouvelle dimension suite au drame ayant touché le groupe. Un joyau brut.

Poppy – Flux

« I’m Poppy ! ». Cette phrase vous dit peut-être quelque chose. Véritable phénomène internet de la deuxième moitié des années 2010, Poppy a eu une carrière musicale véritablement mouvementée. Après un début dans l’électropop un peu creepy, jouant avec le personnage robotique qu’elle avait façonné avec son compagnon de l’époque, Titanic Sinclair, les polémiques explosent autour de ce dernier, accusé d’abus par son ex-compagne Mars Argo, puis rapidement par Poppy elle-même. Se libérant progressivement de son joug, elle réinvente son image et sort en 2020 I disagree, un album hallucinant mélangeant pop et metal dans des morceaux à la structure assez expérimentale. Un succès critique qui lui vaudra une nomination aux Grammy Awards.

Après un très bon EP 100% metal sorti en début d’année, Eat, Poppy revient avec Flux, un nouveau virage musical et de loin son album le plus personnel et le plus humain. Hommage au rock alternatif des années 1990 avec des influences évidentes à chercher du côté du grunge, l’album est son projet le plus cohérent et le mieux écrit à ce jour. Les screams se font donc plus discrets sans totalement disparaître, les refrains sont mémorables et l’instrumentation parfaite, que ce soit dans les morceaux plus calmes ou les moments un peu plus énergiques.

Poppy n’hésite pas à adresser l’affaire Titanic dans les paroles, qui évoquent son changement radical, autant sur le plan personnel que dans son art. Dans « Bloom », elle chante sa renaissance tandis que la batterie se rétracte du mix, comme pour signaler sa sérénité nouvelle : « you took what I gave to you / I took it back from you / Now like a flower I’ll bloom ». Le single « Her » (et son clip en stop-motion très Burtonien) adresse lui encore plus directement son indépendance retrouvée dans son refrain : « I’m getting to know her / And all of her anger / Picked herself up / Put her back together ». C’est officiel, plus que jamais, « everyone wants to be Poppy » !

That Kid – Cobra

Le jeune rappeur et chanteur originaire de Denver, That Kid, continue de teaser son deuxième album avec « Cobra », addictif morceau hyperpop qui va droit au but. L’auto-proclamé « twink de vos rêves », qui a été révélé par sa collaboration avec les pop-stars Slayyyter et Ayesha Erotica « Dial Tone » en 2018, chante son rêve de voir un garçon se glisser dans ses draps « à la manière d’un cobra ». Des paroles qui laissent peu de place aux doutes quant à ses intentions…

Dua Saleh et Amaarae – fitt

Vous avez peut-être découvert Dua Saleh dans la troisième saison de Sex Education, où iel campe le premier personnage non-binaire du show, Cal. Mais ce serait oublier sur Dua Saleh s’est d’abord fait•e un nom sur la scène alternative de Minneapolis, avec sa poésie et ses influences pop et rap. Fruit d’une collaboration avec la chanteuse americano-ghanéenne Amaarae, « fitt » est une pépite R&B aux légers accents afrobeat, avec un rythme dansant et des inflexions vocales envoutantes. 

Mais aussi :


– Sufjan Stevens et Angelo de Augustine signent un album collaboratif, A Beginners’s Mind. Une rencontre entre le roi de la pop indie américaine et celui qui assurait autrefois ses premières parties, chose qui permet au premier de renouer avec la folk de ses débuts en l’agrémentant de nombreuses références cinématographiques. Un projet très solide et plaisant même si assez uniforme, bien qu’on vous déconseille de trop regarder sa pochette particulièrement hideuse.

– Dorian Electra continue de teaser son album de remix de My Agenda. C’est d0llywood1 qui se charge de remixer le très satirique Gentleman pour le transformer en duo avec le fantasque rappeur Danny Brown. Une connexion à la fois inattendue et qui tombe sous le sens. 

– Clarence Clarity revient avec un EP, VANISHING ACT I : NO NOUNS, premier volet d’une trilogie devant former un album. L’occasion de nous rappeler pourquoi celui que certains appellent « le roi de la noise pop » est l’un des producteurs les plus excitant du moment, comme lorsque le refrain de « SU฿LORD » prend des accents de Michael Jackson au milieu de sa production chaotique. 

 

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