Catégories
Musique

Le Palais Idéal du Roi Triton – Joy as an Act of Resistance, Idles

Idles devait jouer les 15 et 16 juin à l’Élysée Montmartre. Je viens d’apprendre que les deux dates avaient été repoussées à l’hiver 2022. Ce n’est pas tant le report du concert qui me chagrine – car, au point où on en est, un concert reporté vaut mieux qu’un concert assis – mais le fait de voir s’éloigner l’occasion d’un grand défouloir. Ouvrir l’été avec Idles, quoi de plus parfait ? Pourtant il faudra attendre, un an encore et nous savons que les concerts de février ont tout à envier aux concerts de juin. Alors si jamais, vous aussi, votre billet pour Idles a changé de date ou si vous avez un autre concert l’hiver prochain, pensez à prendre de la monnaie car les vestiaires n’acceptent jamais la carte.

Idles a la batterie épaisse, la voix rocailleuse et les guitares saturées. Les textes sont simples, compacts, ils entrent dans une oreille comme du beurre tiède. En 2018, ils sortent leur deuxième album : Joy as an Act of Resistance. Quarante ans d’histoire punk, de trottoirs sales à Camden Town, de mauvais musiciens et d’anecdotes sordides au Chelsea Hotel* pour en arriver à la joie comme acte de résistance.

©Idles, Joy as an Act of Resistance (2018, Partisan Records)

À son origine, le punk est l’antithèse du hippie mais, comme les modes, le temps passe. Nous ne savons pas si nos jours sont meilleurs mais force est de constater qu’ils ne sont plus les mêmes qu’il y a 40 ans ; avec eux ont évolué les grandes causes, les combats et les slogans sur les banderoles. Et soudainement quelques punks ont arboré des cheveux longs, ont rêvé d’amour sans cesser pour autant de cogner sur un monde pervers et injuste.

Idles s’oppose au fatalisme anarchique de ses ancêtres pour entrevoir la possibilité d’un monde meilleur. Joy as an Act of Resistance charge nos problèmes modernes avec une haine viscérale et éclectique qui sévit aussi bien sur les standards des corps musclés que sur la tyrannie des enfants nés de bonne famille, bien peignés et futurs cocaïnomanes (cf: Never Fight a Man with a Perm).

Malgré tout l’album s’illustre comme un plaidoyer humaniste et pourrait porter en étendard la devise préférée des mauvais politiciens : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit (Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, article premier). En pointant les oppresseurs du doigt comme responsables de tous les maux, Idles tend un regard empathique sur une humanité anxieuse et découragée. Ils invitent l’imperfection à s’accepter, l’autre à ne plus être un étranger et l’amour à proliférer.

Car au fond chez Idles, tout n’est qu’amour. Joe Talbot** ouvre le concert du Bataclan en ces mots : 

“(…) Whatever you do tonight, if you’re in this crowd, you look after each other, you respect each other (…) Not agression but love and compassion”

(“(…)Quoi que vous fassiez ce soir, si vous faites partie de cette foule, veillez les uns sur les autres, respectez vous les uns les autres (…) Pas d’agression mais de l’amour et la compassion”)

De l’amour et de la compassion, le message est passé. Et il est d’autant plus fort lorsque l’on connaît l’histoire tragique de Talbot, qui s’est occupé de sa mère paralysée jusqu’à la mort de celle-ci (elle est évoquée dans la chanson Mother sur leur premier album Brutalism) et père d’une enfant morte née en 2017. Le morceau June revient sur cette dernière sous la forme d’une marche funèbre, d’un cauchemar éveillé aux paroles qui tournent, se mélangent et se répètent comme les pensées inextricables d’un esprit anéanti. Alors, le titre Joy as an Act of Resistance prend une dimension à la fois morbide et poétique. C’est une invitation à la lutte, personnelle ou globale, dont surgit une lumière

dans une époque sombre et éreintée. Elle rappelle que la joie peut être une force, un effort pénible mais sûrement le plus bel acte de résistance. Indirectement, Idles raconte que tant que nous verrons des individus se battre pour des causes justes et morales il y aura de l’espoir. De l’espoir pour tout et peut-être pour rien, libre à vous de faire ce que bon vous semble de ce mot, sachez simplement qu’il existe.

Les 28 février et 1er mars 2022 se tiendront les concerts de Idles à l’Élysée Montmartre. Les deux dates affichent complet. Il y aura des gens dans la salle qui danseront et se sauteront dessus, beaucoup d’amour, beaucoup de compassion et Mark Bowen*** en slip. Je n’y suis pas encore allé – donc je ne sais rien – mais je sais une chose : ce sera beau à voir.

T.

*Sid Vicious, ex-bassiste des Sex Pistols, y aurait poignardé Nancy Spungen.

**Chanteur de Idles.

***Mark Bowen, le guitariste de Idles finit tous ses concerts en slip.

Au passage, tant que vous êtes encore là et si vous aimez Idles, je vous recommande ces albums :

©Fontaines D.C, Dogrel
(2018, Dead Oceans)

©Shame, Songs of Praise 
(2018, Dead Oceans) 

©Viagra Boys, Street Worms     
(2018, Dead Oceans)              

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *