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Qui est Hilma af Klint, pionnière de l’art abstrait ?

Né en 1862 à Stockholm, cette artiste suédoise développe l’abstraction plusieurs années avant les grands noms comme Kandinsky, Malevitch ou Mondrian. Guidée, dit-elle, par une force spirituelle supérieure, elle produisit plus de 1000 oeuvres abstraites à partir de 1906. Mais alors, pourquoi son nom ne vous dit rien ?

Une double carrière : entre ombre et lumière

© AWARE : Archives of Women Artists Research and Exhibitions

Intéressée par les sciences, les mathématiques, la nature et la botanique, Hilma aime ce qui l’aide à comprendre le monde qui l’entoure. Très jeune, elle se montre douée pour la création et suit dès l’âge de dix-huit ans des cours à l’École technique artistique de Stockholm avant d’entrer à l’Académie des Beaux Arts de la même ville. Elle y apprend un art classique et développe une peinture figurative avec laquelle elle obtient un certain succès, ce qui lui permet de vivre de son art. Mais ses portraits et paysages ne sont qu’une couverture à ses créations avant-gardistes qu’elle cache  volontairement au regard du grand public…

Le siècle du spiritisme :

Au début du XX eme siècle la science se développe de manière considérable, elle permet de donner accès à l’invisible (rayons X, particules subatomiques, rayonnement électromagnétique etc). Parallèlement se développe chez de nombreux intellectuels une certaine spiritualité : par exemple Victor Hugo au XIX eme siècle ou Kandinsky au XX eme siècle pensaient pouvoir entrer en communication avec les esprits. D’autres grands noms de l’abstraction comme Kandinsky, Mondrian ou Malevitch ont été influencés par des mouvements spirituels contemporains tels que la théosophie et l’anthroposophie. Par leurs productions abstraites ils cherchaient à transcender le monde physique et les contraintes de l’art figuratif.

Durant ses études, Hilma af Klint rencontre quatre femmes artistes particulièrement intéressées par le paranormal, avec lesquelles elle formera le groupe des « Cinq ». A travers leurs séances de spiritisme, les cinq femmes cherchent à entrer en contact avec des forces invisibles. Dès lors, son art prend un nouveau tournant, Hilma af Klint se sent investie d’une mission d’ordre supérieur…

La peinture automatique :

Capture d’écran de la video youtube de Art team media, publiée le 21 mai 2020

Au cours d’une séance de spiritisme, Hilma af Klint se sent appelée par un esprit, qui lui donne la mission de peindre des oeuvres visionnaires. Elle aurait été mandatée par des forces supérieures pour réaliser les tableaux du Temple, mais elle ne saura jamais précisément ce que ce terme, donné par les esprits, signifie. Elle est alors incitée à expérimenter la peinture et l’écriture automatiques et réalise ainsi dès 1906 ses premières oeuvres abstraites, bien avant Malevitch, Kandinsky ou Mondrian, considérés comme les pères de l’abstraction. Ses peintures relèvent de la peinture médiumnique, conduite sous des forces invisibles qui lui dictent sa création.

« Les peintures se sont peintes directement à travers moi, sans esquisse préliminaire et avec grande force. Je n’avais aucune idée de ce que ces images allaient représenter, néanmoins je travaillais vite et avec assurance, sans changer aucun trait de pinceau ».

Hilma af Klint

Dans un de ses carnets de notes, elle écrit : « Les peintures se sont peintes directement à travers moi, sans esquisse préliminaire et avec grande force. Je n’avais aucune idée de ce que ces images allaient représenter, néanmoins je travaillais vite et avec assurance, sans changer aucun trait de pinceau ».

Capture d’écran de la video youtube de Art team media, publiée le 21 mai 2020

À travers ses oeuvres, Hilma af Klint rend visible l’invisible en représentant à la fois ce que la science de son temps révélait et ce que les forces supérieures lui aurait demandé de transmettre aux hommes. Elle souhaite rendre compte d’une vérité cachée qui lui aurait été révélée lors de ses états de clairvoyance, en contact avec des esprits. Ses toiles montrent des couleurs et des formes jamais exploitées auparavant.

Ses tableaux expriment souvent une dualité : masculin / féminin, haut / bas, intérieur / extérieur, sciences / religion, bien / mal, matière / esprit etc. L’harmonie du monde se trouverait dans le dépassement de cette dualité. Les couleurs qu’elle utilise sont également signifiantes, on retrouve de manière récurrente l’usage du bleu pour l’esprit féminin, du jaune pour l’esprit masculin, du rose ou du rouge pour représenter l’amour. Dans ses 125 carnets, elle explique à travers notes et dessins ses toiles abstraites et leurs signes.

Une (re)connaissance tardive :

Parallèlement à sa production figurative qui lui permettait de vivre, Hilma af Klint créait ses toiles abstraites en secret et les réservaient à la vue d’un petit nombre d’amateurs. Être une femme artiste à cette époque était déjà difficile, être une artiste abstraite l’aurait été davantage.

Par ailleurs, les forces supérieures avec lesquelles elle était en contact lui auraient stipulé que le monde n’était pas encore prêt à voir son travail. Dans son testament elle spécifie que ses plus de 1300 œuvres abstraites ne devaient être révélées que 20 ans après sa mort, ce qui explique en grande partie la connaissance encore limitée de cette artiste auprès du grand public aujourd’hui.  Disparue en 1944, ses toiles ne seront découvertes que dans les années 1960 et ce n’est qu’en 1985 que l’œuvre abstraite d’Hilma af Klint est montrée au public pour la toute première fois.

La portée mystique de ses oeuvres a également été une entrave à sa reconnaissance. Dans les années 1970 son neveu a souhaité offrir quelques toiles d’Hilma af Klint au Moderna Museet, le musée d’art moderne de Suède. Apprenant qu’elle était médium, le directeur a refusé ce don. Ce n’est qu’en 2013 que le musée lui dédia une rétrospective.

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