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L’art Nouveau en kilt

Modernismo, Modern Style, Sécession… on connait plusieurs noms donnés à l’Art Nouveau en fonction du pays dans lequel il se développe. Ce court mouvement (qui dure d’environ 1893 à 1914) constitue une rupture radicale avec les ordres classiques utilisés depuis plusieurs siècles. Il trouve son origine chez les médiévistes comme Viollet-le-Duc qui développent un nouveau répertoire ornemental, mettant en avant la nature, les végétaux et les animaux qui deviennent des motifs décoratifs récurrents dans l’Art Nouveau. Ce qui caractérise le mouvement, c’est la volonté d’art total : en effet, les artistes vont s’attacher à maitriser tous les aspects de la vie quotidienne. Cela passe par les stations de métro imaginées par Guimard ou par la création de nombreuses demeures, comme le Palais Stoclet conçu dans son intégralité par Joseph Hoffmann, en 1905. En Grande Bretagne, se développe le Free Style à Londres et l’Ecole de Glasgow en Ecosse.

L’année 1902 correspond à l’apogée de l’Art Nouveau, avec l’exposition des Arts décoratifs de Turin où la tendance géométrique de Glasgow et de Vienne prend le dessus sur la courbe décorative de la France et de la Belgique.

Art nouveau en kilt

Glasgow est, à la fin du XIXe siècle, une ville prospère. Son port riche et dynamique en fait sa renommée, elle accueille des visiteurs et produits du monde entier. L’école de Glasgow produit principalement entre 1897 et 1918. Elle est fondée par le groupe des quatre, composé de quatre élèves en design du nom de Mackintosh, Hebert Mc Nair, et les soeurs Frances et Margaret MacDonald, mis en contact par le directeur d’art Francis Newbery. Cette école allie l’héritage industriel et les traditions locales de Glasgow pour s’affirmer sur la scène artistique. Ils s’essayent à de nouveaux matériaux comme le vitrail et le métal repoussé.

La figure majeure de l’école de Glasgow est Charles Rennie Mackintosh. Il participe à l’introduction dans l’Art Nouveau du courant dédié à la ligne droite et aux formes géométriques. Sa réalisation la plus populaire est l’école d’art de Glasgow. Il remporte le concours pour la construction de cette école d’art décoratif à 30 ans. La rumeur raconte qu’il n’y serait cependant jamais allé !

La façade est traitée en pierre nue avec de larges fenêtres. L’école a fait l’objet de critiques, lui reprochant parenté avec une usine à cause de ses fenêtres répétées ainsi que son austérité. La façade d’entrée est asymétrique : on remarque trois travées à gauche et quatre à droite. Cependant, l’entrée de l’école se trouve au milieu de la façade, bien que paraissant décentrée par rapport à sa travée organisée de manière différente que les fenêtres. Mackintosh inclut également des éléments inspirés du Moyen Âge dans le traitement extérieur, par exemple des tourelles à l’aspect défensif, qui témoignent de cet intérêt pour la période dans les productions d’Art Nouveau.

La notion d’art total est aussi capitale pour le mouvement. Des critères furent imposés à Mackintosh concernant les espaces et dimensions, mais il en réalise entièrement le décor. La bibliothèque en est un très bon exemple puisque c’est à cette pièce qu’il consacre le plus de temps. La salle est revêtue de poutres au bois sombre, les lambris sont dans le genre japonais (aussi une source importante de l’Art Nouveau) et les pupitres en arc brisé évoquent le Moyen Âge. Il est intéressant de remarquer que Mackintosh laisse apparentes les poutres de la bibliothèque. En effet, le mouvement Art Nouveau, notamment en Grande Bretagne, est aussi influencé par le mouvement anglais Arts and Crafts, qui s’attache à redonner de l’importance à tous les arts. Il s’agit ici de revaloriser l’art et l’artisanat en montrant la structure du bâtiment.

Nous pouvons aussi mentionner le fait que dans le reste de l’école, Mackintosh inclut quelques éléments de décor végétal, comme des roses sur les vitres de certaines portes.

On remarque ainsi ici toutes les influences qui sont typiques du mouvement Art Nouveau en Europe tout en soulignant le caractère individuel de l’école de Glasgow, mettant à l’honneur la ligne droite et les formes géométriques. Mackintosh et l’artiste viennois Joseph Hoffmann (faisant partie de la Sécession), seront, par leur goût commun pour la ligne et les formes, à l’origine de l’Art Déco européen.

Pour aller plus loin n’hésitez pas à visionner le documentaire The Glasgow School of Art.

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