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Easy Rider et Las Vegas Parano : Pur trip

Le road movie, un genre nouveau

S’il existe des films où la route est au centre du récit depuis presque aussi longtemps que le cinéma existe, le terme de road movie est bien plus récent. En effet, le développement de l’industrie cinématographique survient au même moment que la démocratisation de la possession d’un véhicule automobile. Il y a eu des œuvres cinématographiques sur des bateaux ou encore sur des trains bien sûr, mais un seul genre a émergé, le road movie. La voiture n’est pas qu’un simple moyen de transport dans ces films, elle fait partie de l’histoire, de la mise en scène. La route et la voiture sont des symboles d’indépendance et de liberté. Prendre le volant ce n’est pas prendre le train ou encore prendre l’avion, il n’y a pas de ticket ou de billet à acheter, il ne faut pas non plus prévoir le poids de ses valises afin de pouvoir les mettre en soute. Quand un personnage décide de prendre la route, il peut le faire sur un coup de tête, pour fuir quelque chose ou quelqu’un, mais aussi pour chercher un but, une raison d’être. Le Nouvel Hollywood a été ce moment où, au cinéma, on a  montré des personnages en quête de liberté, des personnages en marge de la société qui ne se retrouvaient pas dans le modèle établi par leurs parents. Les personnages des road movies sont souvent jeunes, d’ailleurs, le coming of age movie a des ressemblances avec le road movie.

Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson, en direction de La Nouvelle-Orléans ©Easy Rider, Dennis Hopper

Easy Rider de Dennis Hopper sorti en 1969 a été reconnu comme le premier vrai film du genre, un emblème de la génération 70 et de la contre-culture. Il a servi d’exemple à de nombreux réalisateurs. En 1998 sort Las Vegas Parano de Terry Gilliam, un film dont les similitudes avec le film d’Hopper sont indéniables, par le sujet certes mais aussi par la configuration même du voyage et du désir de s’échapper. On retrouve même des accessoires similaires, comme les lunettes, portées au début du film d’Hopper par l’homme qui achète la drogue, puis portées par Duke, en faisant un élément visuel fort du film puisque la paire de lunettes jaunes figure sur l’affiche du film. Des clins d’oeils parsemés qui permettent d’affirmer que Terry Gilliam rend hommage au road movie originel. On peut aussi noter que le film de Terry Gilliam se déroule en 1971 soit presque au même moment que  Easy Rider.

Des voyages hallucinogènes

La consommation de drogue fait partie du voyage dans les deux films. Dans celui de Dennis Hopper, la drogue vendue permet de commencer le déplacement. Le mot trip se traduit alors sous ses deux formes, le voyage est un déplacement dans l’espace mais aussi dans la psyché. En effet, Billy et Wyatt, les deux personnages principaux, n’ont pas vendu toute la drogue, ils en ont gardé pour leur propre usage. Autour d’un feu, lors de rencontres, les deux amis consomment très régulièrement des substances. La drogue génère une socialisation, ils se rapprochent entre eux mais aussi des autres. Quand ils rencontrent le non-initié George Hanson, il se doit d’essayer, comme pour rentrer dans la bande. Arrivés à destination, l’image prend une autre teinte, l’hallucination atteint les yeux du spectateur. La séquence du cimetière est une apothéose, visions hallucinogènes, nudité, montage saccadé et récitations de prières. Le trip final est celui qui dépasse tous les autres, l’esprit bon enfant a laissé place à un bad trip anxiogène. 

Raoul Duke, joué par Johnny Depp, en plein trip ©Las Vegas Parano, Terry Gilliam

La drogue est présente de façon beaucoup plus concrète dans Las Vegas Parano de Terry Gilliam. Les deux hommes, Raoul Duke (Johnny Depp) et Dr Gonzo (Benicio del Toro), ne transportent pas de l’herbe sur eux mais ont dans leur coffre une valise pleine de drogues en tout genre. Le voyage est beaucoup plus hallucinogène, et cela dès le début du film où le duo est totalement drogué. Si les deux films se déroulent au même moment, celui tourné en 1998 est beaucoup plus direct dans la représentation de la consommation de drogue. Cette dernière ne se consomme plus autour d’un feu ni dans un camp hippie, mais de manière totalement excessive et abusive. Terry Gilliam va plus loin. 

Deux constats différents

Si dans Easy Rider, enjamber sa bécane est un moyen de rejeter un modèle social, économique et politique qui n’est plus en accord avec la vision de la jeunesse, il n’y a pas dans Las Vegas Parano de discours sur la contre-culture. Les hippies chez Hopper ne vivent pas une vie de dépravation, ils prient et cultivent leurs terres, ils prônent un retour aux sources. Wyatt jette sa montre en or avant leur départ, il y a une quête de sens. Mais Duke et Gonzo ne prennent pas la route pour rejeter la société mais en font au contraire totalement partie. Las Vegas est le symbole du capitalisme, l’amusement est pour eux un remède à leurs maux, ils sont les mêmes à la fin du film. Le voyage ne les a pas changés. Les deux films mettent en tout cas en avant l’idée qu’un voyage se consomme mieux à deux, surtout sur les routes désertiques américaines, peuplées de tentations et de désillusions.

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