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Cléo de 5 à 7: promenons-nous dans les rues de Paris

Contrairement à nous, Cléo n’a pas à se soucier d’un couvre-feu et en profite pour errer sur la Rive Gauche. L’histoire de Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1962) se déroule quasiment en temps réel (le film dure moins de deux heures). Le long-métrage se découpe en treize chapitres indiquant d’abord l’inexorable attente du personnage puis la vacuité du temps qui s’écoule.  

Cléo (Corinne Marchand) est une célèbre chanteuse parisienne. Sa vie n’est pourtant pas aussi rose qu’elle y paraît. Elle attend le résultat d’un examen médical, persuadée d’avoir un cancer. Oppressée par cette menace, elle consulte une voyante lui annonçant un sort funeste. Après le mauvais augure de la cartomancienne, Cléo cherche le réconfort auprès de sa gouvernante, son amant puis son pianiste. Mais elle se sent isolée et incomprise par ses proches.

Cléo (Corrine Marchand) chez la cartomancienne ©Cléo 5 à 7, Agnès Varda

Agnès Varda, seule femme membre de la Nouvelle Vague française, réalise avec Cléo son deuxième long-métrage. Elle est aussi rattachée au groupe de cinéastes dit « de la rive gauche » aux côtés d’Alain Resnay, Chris Marker et Georges Franju. Ce groupe est issu du documentaire militant contrairement au groupe rattaché aux Cahiers du Cinéma (Godard, Truffaut etc.) ¹.

Tourné en extérieur dans les rues parisiennes, le film est sublimé par la photographie très douce en noir et blanc. Les chansons du film ont été écrites par Varda et composées par Michel Legrand, qui incarne le pianiste de Cléo.

Spoiler

Obsédée par la mort et la maladie qui la dégoûtent, Cléo est déboussolée. Le personnage, grâce à sa peur, passe de regardée à regardeuse à la moitié du film. Elle arrache sa perruque et sort de sa prison dorée:  son grand appartement parisien.

« C’est un film féministe, tout le problème des femmes, c’est le réveil du regard : c’est de passer d’être regardée à regarder, d’être désirée à désirer, d’être manipulée à manipuler, ce qu’on fait toujours quand on est artiste » ² dit la réalisatrice.

Cléo dans le parc Montsouris ©Cléo 5 à 7, Agnès Varda

Cléo prend alors sa vie en main, elle observe les gens dans la rue, dans les cafés de Montparnasse. Puis elle retrouve une amie plasticienne dans son atelier et l’aide à transporter une bobine de film dans un cinéma. Elle regarde alors un court-métrage muet qui lui redonne le sourire. Ce court-métrage, Les Amants du pont Macdonald, aussi réalisé par Varda, est un clin d’œil à ses amis de la Nouvelle Vague : nous y retrouvons entre autres Anna Karina, J.-L. Godard, J.-C. Brialy.Puis au détour d’un bosquet, Cléo rencontre un jeune soldat en permission qui doit bientôt repartir en Algérie³.  Elle se laisse séduire par cet inconnu qui cherche à la faire sourire. La cinéaste laisse place au développement d’une tendresse entre les personnages au sein de l’alcôve qu’offre le parc Montsouris. Cette douceur est peu présente dans les relations amoureuses que montrent les autres films contemporains. Ensemble, Cléo et Antoine (Antoine Bourseiller) se consolent de leur sort en se baladant le temps d’un flirt. Ils affrontent ensemble le résultat des examens de Cléo. Mais la maladie ne l’inquiète plus, elle a désormais le cœur plus léger maintenant qu’elle a la certitude d’être malade et qu’elle nourrit un nouvel intérêt : sa correspondance avec le soldat.

Cléo (Corrine Marchand) et Antoine (Antoine Bourseiller) ©Cléo 5 à 7, Agnès Varda

Cléo de 5 à 7 est un film empli de douceur malgré la tristesse apparente. C’est une agréable errance dans le sud de Paris aux images veloutées qui encouragent à la promenade.

1.Geneviève Sellier, La Nouvelle Vague : un cinéma au masculin singulier. Paris, CNRS Editions (2005).

2. Le cercle de minuit 15/04/97 – INA.

3. A cause de la mention à la guerre d’Algérie, le film voit sa sortie reportée de quelques mois par le comité de censure gouvernemental.

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