Catégories
ActualitésPolitique

Entretien avec Samuel Grzybowski, directeur politique de la Primaire Populaire : « On pousse Christiane Taubira à rejoindre Jean-Luc Mélenchon »

Alors que Christiane Taubira a abandonné la course à l’Elysée, faute de recueillir les parrainages nécessaires, la Primaire Populaire se retrouve privée de sa représentante. Au-delà d’alimenter la polémique autour des parrainages, alors que Marine Le Pen, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan ont franchi la barre des 500 signatures grâce à la mobilisation d’élus de différents bords politiques, nous nous sommes entretenus avec Samuel Grzybowski, directeur politique de la Primaire Populaire, avant le retrait de leur candidate. Nous avons à cette occasion pu revenir sur le but de ce mouvement, sa stratégie depuis la désignation de Christiane Taubira et sur l’espoir d’une union à gauche.

Recontacté depuis l’annonce du retrait de Christiane Taubira, Samuel Grzybowski n’a cependant pu confirmer le soutien officiel de la Primaire Populaire au mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il précise que les instances du mouvement se prononceront samedi sur la question de la stratégie à adopter.


Pourquoi le collectif a-t-il mis en place une primaire, alors que ce mode de désignation semble aujourd’hui désuet ?

On l’a utilisé comme un moyen pour la victoire, pour aider la gauche à se mettre dans une position de gagner la présidentielle. On a essayé de chercher les ingrédients rendant cette victoire possible. Pour des raisons arithmétiques et de dynamique, le rassemblement était un préalable pour gagner. Ce n’est pas un outil de vertu ou idéologique.

Pour atteindre ce rassemblement, ce qu’on a compris avec l’intérêt d’une primaire est qu’elle permet de faire une somme arithmétique où différentes forces coalisent, et aussi une dynamique car il y avait une aspiration profonde à avoir ce rassemblement. Une grande majorité des électeurs de gauche le voulait et cela permettait d’avoir une dynamique qui correspondait à leur volonté.

On a rendu un rapport à l’époque, qui proposait 5 moyens d’atteindre le rassemblement et la primaire n’était qu’un scénario possible. La primaire n’était qu’un moyen parmi les autres, et les partis politiques nous ont dit que le moyen privilégié était celui de la primaire populaire.

« Une force politique qui casse les règles du jeu habituelles. »

Avec un peu plus de recul, considérez-vous que le bras de fer avec les appareils partisans a échoué ? 

Les partis politiques ont échoué à créer cette adhésion profonde. Si l’appareil avait créé un rassemblement du peuple de gauche, ils n’auraient pas eu besoin d’une primaire pour gagner. Ils ont échoué à créer cette adhésion car le taux de méfiance est important. Seulement 16% de confiance dans les partis politiques et ils ont une baisse des adhésions. Moins d’1% des français sont adhérents à des partis politiques.

Ils ne remplissent donc plus leur rôle d’acteurs intermédiaires crédibles. Ce qu’on vient de faire est un mouvement populaire autogéré, indépendant des partis, qui s’affranchit de pratiques contestées consciemment ou inconsciemment par des gens.

La pratique qui consiste à vouloir à tout prix la survie de son organisation comme une fin en soi, à vouloir protéger des marques, diriger un mouvement selon des intérêts électoralistes, placer ou rétribuer un certain nombre de personnes qu’ils considèrent mériter des fonctions ou des rôles ne sont pas les intérêts des gens, les intérêts populaires.

Est-ce que selon vous la primaire populaire a échoué à faire bouger ces lignes ?

Non, elle l’a pleinement réussi. L’adhésion dont elle a fait l’objet, pour moi est le symptôme d’une réflexion des partis. Il y a plus de 550 000 personnes qui ont participé à cette primaire, c’est beaucoup plus important que pour Jean-Luc Mélenchon qui est la première force politique organisée à gauche et de loin la plus structurée. C’est donc une vraie réussite et un véritable espoir que d’imaginer une recomposition autour du mouvement citoyen plutôt qu’autour d’un parti politique.

Que répondriez-vous à la critique selon laquelle la primaire populaire aurait divisé au lieu de rassembler ?

Ce n’est pas la primaire populaire qui produit les candidatures, celles-ci viennent des gens qui y ont participé et pouvaient s’inscrire sur le site du 11 juillet au 11 octobre. Cela a eu lieu de manière inductive, il y a eu une remontée de candidatures, et c’est comme ça qu’ont émergé les noms de Christiane Taubira, François Ruffin, Clémentine Autain. Il y a des gens qui sont plutôt du sérail, mais avec une originalité car on ne peut pas dire que typiquement Christiane Taubira, Clémentine Autain ou François Ruffin, qui étaient les 3 les plus plébiscités, sont des gens du sérail. La plupart d’entre eux n’étaient pas candidats.

Elle n’a pas divisé. L’aspiration au rassemblement précède de loin la création de la primaire populaire, de plusieurs mois – les sondages montraient déjà cet été la nécessité d’un rassemblement. De ce point de vue-là, cette aspiration n’a pas été entendue par les partis politiques. C’est eux qui divisent. Ils fragmentent l’offre par rapport à un besoin de rassemblement. Nous sommes plutôt le symptôme, puisqu’on a rendu visible cette fracture mais ce n’est pas nous qui la provoquons.

Christiane Taubira a été désignée à l’issue de la primaire populaire. Comment est-elle accompagnée ?

Notre but est de la soutenir pour rassembler. Les deux éléments de la phrase sont importants : on lui demande de mettre les autres autour de la table, d’inviter au rassemblement et on demande en même temps aux autres de considérer Christiane Taubira comme légitime pour le faire car désignée par un vaste vote.

« Notre but n’était pas de nuire au pluralisme démocratique ou de les empêcher d’exister, mais qu’ils existent dans un cadre collectif qui est celui d’une primaire, d’un rassemblement autour des citoyens. »

Vous me disiez que la primaire n’était qu’un des moyens pour gagner la présidentielle. Quelle est la structure ? Dans la manière de pratiquer la campagne, elle peut sembler similaire à un parti politique, une force qui rassemble et peut mobiliser.

C’est une force politique nouvelle génération qui a pour point commun avec les partis qu’elle veut mobiliser et gagner des élections dans l’intérêt des gens. La grosse différence est qu’elle ne présente pas ses propres candidats, et ne reproduit pas les schémas qui ont dégoûté les électeurs de gauche et les ont menés à ce tel niveau de déception et de désaffection. Ce ne sont pas les cadres de la primaire populaire qui se présentent aux élections, la gouvernance est plus horizontale et partagée et sa marque est éphémère. C’est un processus. Elle ne cherche pas à transmettre un héritage spécifique plutôt qu’un autre. Tout cela fait qu’il y a une force politique qui casse les règles du jeu habituelles.

Il y a eu une polémique autour des parrainages de LFI. Quelle était selon vous la finalité de la fameuse vidéo sortie de son contexte et diffusée sur les réseaux ?

La vidéo était une rencontre avec les bénévoles où on leur expliquait la stratégie du pôle politique de la primaire. Cette stratégie à cette époque, consistait à exercer une pression sur les candidats pour qu’ils participent. Parmi ces moyens de pression, se trouvait la suspension du parrainage : c’est là que le terme dans la vidéo est erroné, on parlait de blocage mais il s’agissait d’une suspension. La grande confusion de la vidéo est qu’on a le sentiment qu’il s’agit pour nous d’une fin en soi. On ne cherchait pas à les empêcher pour leur nuire, mais provisoirement pour leur mettre la pression afin qu’ils participent à la primaire. Notre but n’était pas de nuire au pluralisme démocratique ou de les empêcher d’exister, mais qu’ils existent dans un cadre collectif qui est celui d’une primaire, d’un rassemblement autour des citoyens.

Comment comprenez-vous les réticences et les velléités de certains partisans de la France Insoumise – qui semblaient être les plus virulents vis-à-vis de la primaire populaire ?

Je pense que c’est parce qu’ils imaginent qu’ils sont en position de gagner et qu’ils pensent qu’on les freine. Mais ils ne comprennent pas qu’ils ont besoin de nous pour se qualifier au premier tour. Il y a un vrai malentendu : la France insoumise, de fait, subit un vrai rejet dans la société médiatique et politique. Ils sont accusés de beaucoup de choses qu’ils ne sont pas, sont caricaturés. Ces caricatures donnent le sentiment d’avoir des adversaires pour discréditer leur projet, qui est au demeurant très solide, très travaillé et crédible. On ne leur rend pas leur haine et leur violence. On pousse Christiane Taubira à rejoindre JLM, qui est le mieux placé aujourd’hui. Il n’y a en tout cas pas de réciprocité dans ce désamour.

« Nous allons pousser madame Taubira avant le 7 mars à se rassembler et convoquer une équipe en France autour de Jean-Luc Mélenchon car c’est le mieux placé. »

Que signifie pour la primaire populaire l’échec de Taubira – dans les sondages, où elle n’est pas bien placée ?

Elle s’est fait saboter par beaucoup de gens de manière violente et radicale après son élection. Il y a eu un front commun : la seule fois où la gauche s’est rassemblée cette année, c’est pour s’opposer à Christiane Taubira qui est devenue une cible. Lorsque tout le monde s’oppose de cette manière, cela ne fait pas le poids et elle peut être discréditée. Le PS a empêché ses parrainages et il y a eu une série de problèmes qui l’ont empêché de décoller car l’opposition était trop importante.

Est-ce que vous reverriez la stratégie de remise en cause du fonctionnement des partis politiques maintenant ?

Je n’ai pas le sentiment que l’on se soit opposé frontalement aux partis politiques, on porte une revendication en utilisant tous les moyens non-violents à notre disposition pour la défendre. Nous savons que nous avons besoin des partis politiques et qu’ils effectuent un travail exceptionnel à tout égard. Je n’ai pas le sentiment d’avoir développé cette stratégie.

Même lorsqu’on évoquait la baisse dans les sondages, il s’agissait d’un outil de pression pour nous permettre d’obtenir ce qui nous paraissait juste et légitime, car on se bat pour la justice. Ce qu’on demande est une stratégie gagnante pour la présidentielle pour changer la vie des gens. Donc oui, on a utilisé des moyens de pression qu’on assume et dont nous sommes plutôt fiers mais je n’ai pas le sentiment que l’on ait une stratégie frontale.

Le sentiment anti politicien et anti parti (politique) qui existe précède de loin la primaire populaire, ce n’est pas nous qui l’avons nourri. Nous avons éventuellement contribué à le catalyser ou le coaguler mais nous ne l’avons pas nourri.

L’union est-elle selon vous toujours possible ?

Je ne sais pas si l’union est possible : nous, nous sommes pour le rassemblement sous n’importe quelle forme. On croit toujours que cela est possible, nous allons pousser madame Taubira avant le 7 mars à se rassembler et convoquer une équipe en France autour de JLM car c’est le mieux placé.