Le télétravail, une évidence du confinement qui bouleverse l’organisation des actifs

En mars 2020, le confinement a bouleversé le quotidien des Français : les commerces, les écoles, les restaurants, les entreprises ont fermé leurs portes. Le télétravail est dès lors apparu comme une solution obligatoire pour limiter les contacts entre les individus. A partir du 1er septembre 2021, le gouvernement a mis fin à l’obligation du télétravail, qui l’était dès que cela était possible. Désormais, quel est le rapport des actifs au télétravail? Quelles sont les conséquences de ce dernier sur leur qualité de vie, mais également leur vie de manière générale ?

Une solution nécessaire pour lutter contre l’épidémie de la Covid-19

Lorsque la crise sanitaire a commencé à devenir incontrôlable en France, le premier réflexe du gouvernement a été de fermer toutes les écoles, les collèges, les crèches, les lycées, et les universités. Voyant la difficulté et les traumatismes que cela engendre chez les enfants et les jeunes, ces établissements ont été rouverts dès la rentrée 2020,  l’école à la maison n’étant pas une solution durable pour l’exécutif. Pour autant, face à une nouvelle vague épidémique, il a tout de même fallu refermer les universités, au grand désarroi des étudiants, des enseignants et du personnel universitaire. 

Les entreprises furent logées à la même enseigne que les universités. Le distanciel remplace le présentiel. Dans son point épidémiologique hebdomadaire du 24 septembre 2020, Santé Publique France annonce que 22% des clusters épidémiques avaient trouvé leur origine dans le milieu professionnel. Les entreprises privées étaient alors contraintes de mettre en place le télétravail pour leurs équipes, dans le but de limiter la propagation du virus. Cette situation s’annonçait être de longue durée.

Le gouvernement encouragea dès le mois de mars 2020 les entreprises à se convertir au télétravail, et le rendit obligatoire “dès que cela est possible” au mois d’avril 2020.  Ces mesures mécontentèrent un bon nombre d’entreprises , considérant que leurs employés ont besoin de présentiel pour mieux travailler. Malgré cela, le gouvernement a maintenu sa position, en accordant seulement au mois d’avril 2021 un jour par semaine au salarié désireux de revenir travailler en présentiel, peu importe l’activité de l’entreprise.

Graphique représentant la part des salariés en télétravail de avril 2020 à janvier 2021, Ouest France

Le télétravail, symbole de la gestion de la crise du coronavirus en France, bouleverse le quotidien des Français. Après le premier confinement, la part des équipes en télétravail n’était pas homogène dans toutes les entreprises, malgré l’obligation “quand cela est possible”. Le télétravail, qui s’est imposé au début de la crise comme une solution contre l’épidémie peine à se maintenir dans toutes les entreprises.

Accentuant les fractures sociales et mélangeant le personnel et le privé, le télétravail est loin d’être une solution majoritaire, et cela est aisément compréhensible.

Une accentuation des inégalités sociales

Le télétravail brouille les limites entre la vie professionnelle et la vie personnelle des travailleurs. Le travail s’invite dans la sphère privée et dans la vie familiale. Dans la mesure où le travail s’immisce dans le foyer, il accentue les différences sociales entre les actifs. La situation personnelle des individus devient le premier facteur de productivité et fixe les conditions de travail. “Entre un jeune diplômé qui vit seul dans un 12 mètres carrés et un parent qui doit gérer ses enfants, le vécu vis-à-vis du télétravail est différent”, explique Juliette Massart, psychologue du travail au sein du cabinet de conseil Onepoint.

Toutes les inégalités se trouvent alors accentuées. Les plus aisés possèdent un environnement plus adapté au télétravail, ayant parfois une pièce dans laquelle ils peuvent s’isoler. Parfois, cette même catégorie de personnes possède une résidence secondaire, cadre encore plus confortable pour passer le confinement. Chaque enfant du ménage a sa propre chambre et peut suivre ses cours sans déranger ses parents. Les familles les plus aisées peuvent également se permettre d’acquérir des ordinateurs pour ne pas avoir à les partager. Tout cela fait qu’ils sont plus efficaces, dans la mesure où ils ne sont pas trop gênés par leur quotidien pour travailler.

Les plus modestes quant à eux se trouvent dans une situation bien différente, et bien moins agréable. Ils sont dans des logements moins spacieux, il est donc parfois nécessaire de se partager l’espace entre conjoints et enfants, qui ont aussi du distanciel à assumer. Les parents n’ayant pas forcément les moyens de se procurer plusieurs ordinateurs, cela entraîne nécessairement un partage du matériel informatique disponible au sein de la famille.

Une autre frange de la population est particulièrement touchée par le télétravail massif : les femmes. Celles-ci peinent plus à s’isoler que les hommes : en moyenne, 25% des femmes ont une pièce pour travailler, contre 41% des hommes. L’écart ne se réduit pas en fonction de la classe sociale, puisque les femmes cadres sont 29% à disposer d’une pièce, contre 47% des hommes. 

Les dérives psychologiques

En raison de la difficulté à distinguer ce qui relève du professionnel et ce qui relève du personnel, les psychologues du travail tentent d’alerter les actifs sur les dangers du télétravail systématique. 

Le gouvernement, dans le courant de la crise sanitaire, reconnaissait les difficultés que le télétravail pouvait engendrer. En effet, dans leurs allocutions hebdomadaires, Elisabeth Borne, ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion et Jean Castex, premier ministre, se montraient compréhensifs et conscients des difficultés du télétravail. Ils s’adressaient alors directement aux télétravailleurs en leur demandant du courage pour relever cet effort qui sert à lutter contre l’épidémie. Le gouvernement a alors, comme à son habitude, mis en place un numéro vert dédié aux personnes souffrants des conséquences du télétravail.

Les chiffres sont effectivement alarmants. Le 18 novembre 2020, près d’un salarié en télétravail sur deux se déclare en détresse psychologique, selon Empreinte Humaine, un Cabinet conseil en qualité de vie au travail (QVT) et risques psychosociaux (RPS). 5% des employés se déclarent en burn-out et un tiers des employés considèrent qu’ils ont atteint un état d’épuisement émotionnel. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette détresse, notamment l’angoisse de perdre son emploi, l’épuisement en raison du télétravail, la crainte de ne pas voir l’épidémie se résorber. 

Le contexte social et épidémique entraîne bien-sûr plus d’angoisse que le télétravail en lui-même. Le télétravail, dans un contexte plus serein peut séduire certains travailleurs, mais pour le moment, ce n’est pas le mot d’ordre : le télétravail n’est plus obligatoire et les entreprises doivent encourager le retour en présentiel. Le télétravail, s’il est mis en place, se doit d’être strictement encadré : il doit se limiter à certains jours par semaine, il doit être discuté et voulu par les deux parties, il doit se faire dans de bonnes conditions domestiques. Le cadrage permet de limiter les effets angoissants du télétravail, qui ont tant affecté les travailleurs durant les années 2020 et 2021.

Pour autant, pour ce qui est des étudiants, la solution du distanciel ne s’avère pas du tout satisfaisante. Et, face aux premières tentatives des universités pour pérenniser ce mode d’enseignement (un enseignement hybride dans le supérieur permettrait aux universités de faire de grosses économies), la réponse se doit d’être claire. Les retours des étudiants et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le présentiel est indispensable à un enseignement sain et de qualité, ce que n’ont pas été ces deux dernières années. 

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