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L’équipe américaine féminine de football : au sommet, mais pas assez pour atteindre l’égalité ?

Si le salaire des footballeurs fait souvent parler en raison des sommes astronomiques qu’ils engendrent, il n’en est pas forcément de même pour les footballeuses. Zoom sur un procès important dans l’égalité salariale entre sportifs et sportives et a fortiori entre hommes et femmes.

Bien qu’il existe des lois garantissant l’équité salariale et des conditions de travail similaires entre hommes et femmes, elles s’avèrent insuffisantes et c’est bien ce que clame en particulier l’équipe américaine féminine de football. 

Ses 28 membres accusent en effet leur propre Fédération de “discrimination sexiste institutionnalisée”. Cela ne concerne pas que les salaires mais également les conditions d’entraînement, les soins médicaux et les déplacements, inférieurs à ceux des hommes. Elles ont intenté un procès en mars 2019, quelques mois avant de disputer la coupe du monde – coupe qu’elles ont remportée.

L’influence de l’équipe nationale américaine sur le reste du monde

L’équipe américaine domine le football mondial en étant double championne du monde en titre, et en ayant remporté 4 championnats sur les 8 ayant eu lieu. Elles ont également remporté quatre médailles d’Or Olympiques, et n’ont jamais été classées plus bas que numéro deux dans le classement officiel FIFA. 

Le football (appelé soccer aux Etats-Unis) ne fait que trop peu parler de lui. L’équipe nationale masculine est absente de tous les grands tournois, n’ayant pas le niveau nécessaire. L’équipe nationale féminine est quant à elle populaire et appréciée du pays en raison de à ses victoires et réussites à l’international. 

Nous parlons alors ici de femmes qui effectuent le même travail que leurs coéquipiers masculins, sous la même organisation, à ceci près qu’elles réussissent mieux mais demeurent moins bien payées. Les joueuses américaines réclamaient 66 millions de dollars en arriérés de salaires, en vertu de la loi sur l’égalité de la rémunération (Equal Pay Act, 1963) et de la loi sur les droits civils (Civil Rights Acts, 1964 et 1968). Cela s’explique par le fait que les championnes du monde de 2015 et 2019 ont récolté un total de 6 millions de dollars au cours des deux tournois, en comparaison aux joueurs masculins français qui eux avaient remporté 38 millions de dollars après leur victoire en 2018.

L’enjeu des Jeux Olympiques 2020

Le verdict est tombé en mai 2020 : leur demande a été déboutée. Le juge Gary Klausner a rejeté l’argument principal de discrimination salariale des plaignantes. Il explique dans sa décision de 32 pages qu’elles auraient refusé précédemment un accord qui leur aurait permis de gagner plus, autant que l’équipe masculine. Cependant, il a renvoyé à un jugement ultérieur les demandes liées aux inégalités dans les déplacements et les logements. 

C’est une décision qui déçoit et révolte les joueuses américaines. Elles ont fait appel et ont déclaré ne pas abandonner le combat pour l’égalité. 

Un des arguments énoncé par les avocats de la fédération prônait que jouer dans l’équipe nationale masculine demandait plus de force, plus de compétences et représentait une plus grande responsabilité. Cet argument a été retiré du procès après l’indignation qu’il a provoqué. Il est cependant une preuve que toutes les victoires de l’équipe féminine ne sont pas suffisantes et qu’elles doivent constamment prouver qu’elles méritent cette égalité de traitement. 

La pression reposait sur les épaules des joueuses américaines lors de ces Jeux Olympiques. Le procès étant toujours en cours, et la procédure d’appel longue, elles espéraient affirmer leur dominance sur le monde du football et montrer à la Fédération qu’ils font une erreur. Après une défaite en demi-finale, elles décrochent néanmoins de quoi se consoler : une médaille de bronze.

Cet exemple d’inégalité salariale entre hommes et femmes n’en est qu’un – médiatisé – parmi tant d’autres, et ce dans tous domaines de métier, démontrant que la lutte est loin d’être terminée. Selon L’INSEE, le salaire mensuel net moyen des femmes en France est toujours de 16,8% inférieur à celui des hommes. Ainsi, les françaises, en comparaison à leurs collègues masculins, travaillent gratuitement à partir de 16h16. Même si le sujet est plus médiatisé qu’auparavant, et que les chiffres peuvent s’expliquer par divers facteurs (moins d’heures travaillées, moins de présence parmi les poste les plus rémunérés, …), ils témoignent d’une situation insatisfaisante pour une société au XXIème siècle.

Pour aller plus loin :

Documentaire LFG, 2021, de Sean Fine et Andrea Nix, à retrouver sur HBO Max qui retrace la lutte de l’équipe américaine pour l’égalité de traitement.

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