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Examiner la « menace » du Yuan Digital / Examining the Digital Yuan “Threat”

English Version below.

En 2021, 60 pays développent ou expérimentent les monnaies numériques (Areddy, 2021). De toutes ces économies, la Chine se place en première ligne. En 2014, la Banque Populaire de Chine s’est mise à développer une monnaie digitale – la Digital Currency Electronic Payment (DCEP). En avril 2020, la DCEP a reçu le feu vert pour être testée dans quatre villes (Yeung, 2021). Face à cette expérience chinoise radicale, les experts occidentaux craignent que la DCEP n’accentue l’influence économique croissante de la Chine, et plus important encore, qu’elle pose problème à l’hégémonie monétaire américaine (Takami, 2021). Cet essai analytique enquête sur les fondements de ces peurs, dissèque les objectifs de la DCEP et explore son potentiel; en l’espace de dix ans, la DCEP pourrait devenir un réel concurrent au dollar américain. Je soutiendrai dans cet essai que le contrôle strict des capitaux chinois et la politique de surveillance de la DCEP, combinée à la préférence du gouvernement chinois pour un dollar américain fort, fera en sorte que le yuan digital ne devienne pas une menace à l’encontre de l’hégémonie monétaire américaine.

Selon le chef du département de développement de la monnaie digitale de la Banque Populaire de Chine, Mu Changchun, le but principal de la monnaie digitale est « de protéger ou sauvegarder la souveraineté monétaire de la Chine ». Autrement dit, l’objectif de la monnaie digitale est d’éliminer les menaces – extérieures et internes – envers l’économie chinoise. Sur le plan domestique, ces dernières années, le gouvernement chinois s’est montré méfiant à l’égard des entreprises privées chinoises de fintech et de leur influence sur les transactions monétaires. Le gouvernement chinois a commencé à limiter le pouvoir des grandes entreprises de fintech grâce à des lois d’anti-monopole et d’autres actions régulatoires (Zhong, 2021). Sur une plus petite échelle, le parti communiste chinois a mis en place des contrôles de capitaux agressifs à l’encontre de ses citoyens dans le but d’empêcher de trop grands flux de richesses de circuler vers l’extérieur, avec notamment plus de 75 ajustements de contrôles de capitaux mis en place entre juin 2016 et janvier 2018 (Zenglin and Karnfelt, 2019). Ainsi, la DCEP permet au gouvernement de diminuer l’influence monétaire de grandes entreprises de fintech comme Tencent et Ant Financial et de maintenir ainsi un contrôle sur les capitaux – étant donné que le gouvernement peut tracer l’utilisation et le mouvement de la DCEP (The Economist, 2021).

Sur le plan extérieur, le désir de la Chine de se défaire de l’hégémonie du dollar américain, et par extension, de la menace de sanctions, fait du yuan digital un enjeu de sécurité d’ordre national. Actuellement, une grande partie du marché mondial est régie par le dollar, avec 62% des échanges extérieurs, tandis que le Renminbi chinois n’est utilisé qu’à 2% (Siripurapu, 2020). Ainsi, l’importance des échanges commerciaux du gouvernement américain démontre qu’ils peuvent facilement supplanter d’autres pays dans ce domaine – ce qui peut potentiellement altérer n’importe quelle économie dans le monde (The Economist, 2021). Par conséquent, si la DCEP est adoptée en Chine puis dans le monde, la Chine et d’autres nations pourraient se libérer du courroux de futurs présidents américains et permettre à leur pays de posséder sa propre menace de sanction (Farley, 2021).

Cependant, une question se pose : la DCEP peut-elle être globalement adoptée ? Il est prévu que l’économie chinoise dépasse l’économie américaine en 2028 (BBC, 2020). De fait, une fois que la DCEP sera devenue disponible pour des investisseurs étrangers, il est possible de supposer que ces mêmes investisseurs se pressent d’acheter la première monnaie digitale issue d’une initiative gouvernementale. Par ailleurs, le gouvernement chinois pourrait facilement imposer la DCEP à une branche de sa population possédant un smartphone – soit 860 millions de personnes (Newzoo, 2019). Puisque 87% de la population chinoise utilise une forme de fintech, la DCEP a le potentiel d’être rapidement adoptée dans son pays d’origine (The Economist, 2021). Ce nombre est susceptible d’augmenter tandis que des centaines de millions de nouveaux chinois intègrent les classes moyennes (Cheng, 2019). Par ailleurs, l’influence de la Chine le long de la « Nouvelle Route de la Soie » ou à l’égard du commerce extérieur, peut inciter des pays sympathisants à se convertir au yuan digital et ainsi, de potentiellement atteindre des centaines de millions de personnes toujours privées de services bancaires (Chatzky and McBridge, n.d.). Finalement, si elle est largement adoptée, la DCEP peut devenir une alternative bon marché et pratique pour les transferts financiers d’une certaine partie de la population mondiale, puisqu’elle n’aura pas à payer de frais de transaction à des intermédiaires financiers (The Economist, 2021). De plus, la DCEP est soutenue par l’un des pouvoirs les plus centralisés du monde, à savoir : le gouvernement chinois. Contrairement à la plupart des cryptomonnaies, la DCEP est moins versatile et immunisée contre toute forme de répression ou de régulation gouvernementale (The Economist, 2021); comme il est possible de le voir au travers de l’implication du gouvernement dans le remaniement du service financier d’Ant Financial (Zhong, 2021).

Cependant, ces forces mentionnées précédemment sont une lame à double tranchant. Au commencement – tandis que la première croissance du yuan digital sera considérable et à un taux élevé de pénétration de par l’importance de la classe moyenne chinoise – les contrôles de capitaux draconiens du gouvernement chinois limiteront la popularité du yuan digital si on la compare à celle du dollar ou de l’euro. Premièrement, la convertibilité restreinte du Renminbi, due à la réticence du gouvernement chinois à adopter une libéralisation complète, sera retransmise sur le yuan digital (Lubin, 2019). De plus, en son centre, la DCEP est désignée comme étant un outil de surveillance; à travers la mise en place forcée de transactions au sein d’un espace virtuel, le parti communiste peut observer les dépenses de son peuple. Ainsi, plusieurs pays et institutions pourraient se sentir méfiants à l’idée de dépendre d’une plateforme dont l’hôte est un gouvernement autoritaire qui cache beaucoup au reste du monde, effrayant ainsi de potentiels utilisateurs – après tout, la Chine n’est pas et n’a jamais été connue pour être la meilleure dans les domaines du droit de la propriété ou du libre mouvement des capitaux (Keram, 2021). Enfin, la DCEP élimine l’anonymat de ses utilisateurs, un avantage que possèdent beaucoup de crypto-monnaies (Areddy, 2021).

Il est important de noter que l’utilisation du Renminbi dans le commerce international est toujours limitée si on la compare à celle du dollar américain. (Areddy, 2021). Cependant, l’économie de la Chine demeure dépendante d’un dollar américain fort afin de maintenir sa position commerciale. Une nouvelle monnaie digitale pourrait potentiellement briser le statu quo de la Chine – le même statu quo qui lui a permis d’accéder au statut de seconde plus grande économie du monde – et ne pas servir ses intérêts (Stevenson, 2021). Ces facteurs, en plus de la faiblesse du yuan digital, impliquent que la DCEP risque de devenir un nouvel instrument du pouvoir chinois afin de contrôler sa population et de projeter son pouvoir plutôt que de s’imposer en adversaire légitime du dollar américain.

L’intérêt de la Chine à créer ses propres monnaies digitales a servi de déclencheur chez les autres banques centrales; aujourd’hui, la Réserve Fédérale des Etats-Unis et la Banque Centrale Européenne sont actuellement en train de développer leurs propres monnaies digitales (Cox, 2021). Dans un futur proche, d’autres pays développeront peut-être leurs propres devises digitales et financeront la recherche et la construction numérique dans un élan vers ce nouveau modèle.

Finalement, en prenant en compte les banques centrales qui appuient la stratégie de la DCEP ainsi que les faiblesses du yuan digital (mentionnées plus haut), voir la DCEP devenir un réel adversaire du dollar américain dans la décennie à venir est un risque faible. En dépit de cela, je crois que l’association du RMR et de la DCEP pourrait dominer le Yen japonais ou l’Euro en termes d’utilisation, cela dû à la mainmise de la Chine sur les marchés de fintech et les marchés en développement. En d’autres termes, la DCEP pourrait devenir un problème pour certaines devises, mais pas le dollar (Fujioka and Ito, 2021).Tandis que le yuan digital pourrait tirer la sonnette d’alarme en occident, il est important de noter que l’utilisateur gagnant d’une technologie n’est en fin de compte pas celui qui l’exploite en premier mais celui qui a appris à la maîtriser.

Examining the Digital Yuan “Threat”

As of 2021, 60 countries are in the process of developing or experimenting with digital currencies (Areddy, 2021). Out of these economies, China stands at the vanguard. In 2014, the People’s Bank of China (PBOC) began developing a digital currency – the Digital Currency Electronic Payment (DCEP); in April of 2020, the DCEP was given the green light for testing in four cities (Yeung, 2021). In the face of China’s radical experiment, Western experts have expressed concerns that the DCEP could amplify China’s growing economic influence and, more importantly, challenge America’s monetary hegemony (Takami, 2021). This analytical essay will investigate the grounds of such fears through dissecting the DCEP’s objectives and exploring the DCEP’s potential in eventually challenging the US greenback within a ten-years time frame. I argue that China’s strict capital controls and the DCEP’s surveillance-first objective, combined with the Chinese government’s preference for a strong US dollar, will ensure that the digital yuan does not become a legitimate threat against US monetary hegemony.   

According to the PBOC’s head of digital currency development, Mu Changchun, the main goal of the digital currency is to “protect or safeguard the monetary sovereignty of China.” In other words, the digital currency’s purpose is to eliminate threats – foreign or domestic – to China’s economy. On the domestic front, in recent years, the Chinese government has become wary of private Chinese fintech firms and their power over monetary transactions: the Chinese government has already begun subjugating large fintech companies’ reach through anti-monopoly laws and other regulatory actions (Zhong, 2021).  On a smaller scale, the Chinese Communist Party has implemented aggressive capital controls on its citizens to prevent large-scale outwards flows of wealth, with over 75 capital controls adjustments enacted between June 2016 and January 2018 (Zenglein and Karnfelt, 2019). Therefore, the DCEP allows the government to diminish the monetary influences of large fintech companies like Tencent and Ant Financial and maintain capital controls as the government can track the usage and movement of the DCEP (The Economist, 2021).

On the foreign front, China’s desire to escape the US dollar hegemony, and by extension, the threat of sanctions, cements the digital yuan as a matter of national security.  Currently, most global trade is paid for in dollars, with the US greenbacks making up 62% of the entire global foreign exchange reserves, and the Chinese Renminbi only making up a measly 2% (Siripurapu, 2020). Thus, the United States government can easily shut off most of a country’s trade – potentially crippling any economy in the world (The Economist, 2021). As a result, if the DCEP becomes widely adopted in China and around the world, China and other nations could escape the wrath of future US presidents and grant China its own sanction threat. (Farley, 2021).

However, the question is then raised: can the DCEP become widely adopted? The Chinese economy is projected to surpass the US economy by 2028 (BBC, 2020). As such, once the DCEP becomes available to foreign investors, one can assume that investors around the world would be eager to buy the first major government-issued digital currency. In addition, the Chinese government could easily push the currency onto its 860 million-strong smart-phone welding population (Newzoo, 2019). In fact, as 87% of China’s population already uses some form of fintech, the DCEP has the potential to become rapidly adopted in its home country (The Economist, 2021). This number is expected to increase as hundreds of millions of new Chinese enter the middle class (Cheng, 2019). Furthermore, China’s reach in the global south through the Belt and Road Initiative or foreign trade can spur friendly countries to take up the digital yuan, reaching potentially hundreds of millions of the still unbanked populations (Chatzky and McBridge, n.d.). Ultimately, if widely adopted, the DCEP can become a cheaper and more convenient alternative for transfers for hundreds of millions of people as they will not have to pay transaction fees to financial intermediaries (The Economist, 2021). In addition, the DCEP is backed by one of the most centralized powers in the world: the Chinese government. Unlike most cryptocurrencies, the DCEP is less volatile and is immune from any government crackdown or regulation (The Economist, 2021), amidst recent cases like the government’s involvement in overhauling Ant Financial’s financial service capacity (Zhong, 2021). 

  However, these aforementioned “strengths” are a double edged sword. At the onset, while the digital yuan’s early growth will be considerable due to China’s vast middle class and the high fintech penetration rates, the Chinese government’s draconian capital controls will limit the digital yuan’s popularity compared to the dollar or the euro. Firstly, the Renminbi’s restricted convertibility due to the Chinese government’s reluctance to adopt full liberalization will be passed on to the digital yuan (Lubin, 2019).  Furthermore, at its core, the DCEP is designed as an instrument of surveillance; through forcing transactions into virtual space, the Communist Party can observe its people’s spending. As such, many countries and institutions may hold a general aversion towards relying on a platform hosted by a secretive and authoritarian government, scaring off potential adopters. Afterall, China is not and has never been known to be a champion of property rights or the free movement of capital (Keram, 2021). Finally, the DCEP eliminates the anonymity of the users – a key draw of most cryptocurrencies (Areddy, 2021). 

It is important to note that the Renminbi’s usage in global trade still pales in comparison to the US dollar (Areddy, 2021). However, China’s export-based economy is highly dependent on a strong dollar in order to maintain its trade surplus. A new digital currency that could potentially shatter the status quo – the same status quo that allowed China to ascend as the second largest economy in the world – would most likely not be in China’s best interest (Stevenson, 2021). These factors, combined with the digital yuan’s weakness, imply that the DCEP will simply become another instrument of Chinese power to control its people and project power rather than a legitimate competitor against the dollar. 

China’s interest in its own digital currencies has served as a powerful clarion call to other central banks. Today, the US Federal Reserve and the European Central Bank are currently in the research stage of their own digital currencies (Cox, 2021). In the near future, the world will likely see more countries create their own digital currencies and pour considerable funds to research and construct the digital infrastructure required for this paradigm-shifting move. Ultimately, with other central banks breathing down the DCEP’s neck and the aforementioned weakness of the digital yuan, I do not see the DCEP challenging the hegemony of the US dollar within the next decade. Despite this, I believe that the combination of the RMB and the DCEP could eventually overtake the Japanese Yen or Euro in terms of usage due to China’s reach into the fintech markets and developing markets. In other words, the DCEP will be more of a concern for other currencies, not the dollar (Fujioka and Ito, 2021). In conclusion, while the digital yuan might sound the alarms in the West, it is important to note that the best adopter of a technology, not the first, is ultimately the winner.  

Sources :

Areddy, James T. 2021. “China Creates Its Own Digital Currency, a First for Major Economy.” Wall Street Journal. https://www.wsj.com/articles/china-creates-its-own-digital-currency-a-first-for-major-economy-11617634118.

BBC. 2020. “Chinese economy to overtake US ‘by 2028’ due to Covid.” BBC. https://www.bbc.com/news/world-asia-china-55454146.

Chatzky, Andrew, and James McBride. n.d. “China’s Massive Belt and Road Initiative.” Council of Foreign Relations. Accessed June 19, 2021. https://www.cfr.org/backgrounder/chinas-massive-belt-and-road-initiative.

Cheng, Evelyn. 2019. “China’s giant middle class is still growing and companies from Walmart to start-ups are trying to cash in.” CNBC. https://www.cnbc.com/2019/09/30/chinas-giant-middle-class-is-still-growing-and-companies-want-in.html.

Cox, Jeff. 2021. “The Fed this summer will take another step in developing a digital currency.” CNBC. https://www.cnbc.com/2021/05/20/the-fed-this-summer-will-take-another-step-ahead-in-developing-a-digital-currency.html.

The Economist. 2021. “Will the dollar stay dominant.” The Economist. https://www.economist.com/special-report/2021/05/06/will-the-dollar-stay-dominant.

Farley, Robert. 2021. “How Will China Counter US Financial Hegemony?” The Diplomat. https://thediplomat.com/2021/02/how-will-china-counter-us-financial-hegemony/.

Fujioka, Toru, and Sumio Ito. 2021. “China’s Digital Yuan won’t topple the Dollar, BOJ Official says.” Bloomberg. https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-04-15/china-s-digital-yuan-won-t-topple-the-dollar-boj-official-says.

Keram, Akram. 2021. “China wants to take the entire country cashless — and surveil its citizens even more closely.” Washington Post. https://www.washingtonpost.com/opinions/2021/03/02/china-digital-yuan-currency-surveillance-privacy/.

Lubin, David. 2019. “Waiting, and Waiting, for the Global Renminbi.” Chatham House. https://www.chathamhouse.org/2019/02/waiting-and-waiting-global-renminbi.

Newzoo. 2019. “Newzoo Global Mobile Market Report 2019.” Newzoo. https://newzoo.com/insights/trend-reports/newzoo-global-mobile-market-report-2019-light-version/.

Siripurapu, Anshu. 2020. “The Dollar: The World’s Currency.” The Council of Foreign Relations. https://www.cfr.org/backgrounder/dollar-worlds-currency.

Stevenson, Alexandra. 2021. “China’s Economy Surges, and So Does Its Currency.” The New York Times. https://www.nytimes.com/2021/01/12/business/china-renminbi-yuan-strong.html.

Takami, Kosuke. 2021. “China’s bid for digital-yuan sphere raises red flags at G-7.” Nikkei Asia. https://asia.nikkei.com/Spotlight/Cryptocurrencies/China-s-bid-for-digital-yuan-sphere-raises-red-flags-at-G-7.

Yeung, Karen. 2021. “China digital currency: could backing bitcoin as an investment help promote its sovereign digital currency?” Southern China Morning Post. https://www.scmp.com/economy/global-economy/article/3131904/china-digital-yuan-could-backing-bitcoin-investment-help.

Zenglein, Max J., and Maximilian Karnfelt. 2019. “China’s caution about loosening cross-border capital flows.” Merics. https://merics.org/en/report/chinas-caution-about-loosening-cross-border-capital-flows.

Zhong, Raymond. 2021. “Ant Group Announces Overhaul as China Tightens Its Grip.” The New York Times. https://www.nytimes.com/2021/04/12/technology/ant-group-alibaba-china.html.

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