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Présidentielle 2022 : le score élevé du Rassemblement national doit nous alerter

La candidate du Rassemblement nationale, arrivée deuxième du premier tour de l’élection, et deuxième du second tour avec 41,4% des suffrages, a obtenu d’excellents résultats dans les Outre-mer … qui doivent nous interpeller sur la situation de ces territoires.

Des scores étonnamment élevés

Ce sont les premiers scores connus avant les résultats dévoilés à 20 heures, et les résultats officiels communiqués plus tard par le Ministère de l’Intérieur. Et ceux-ci avaient de quoi inquiéter : Marine Le Pen arrivait largement en tête dans la plupart des départements et territoires d’Outre-mer. Elle obtenait ainsi de près de 70% en Guadeloupe, 60% en Martinique, à la Réunion, et à Mayotte, 55% à Saint-Barthélémy, et un peu plus de 50% à Saint-Pierre et Miquelon.
Cette réussite peut sembler étonnante. En effet, Marine Le Pen n’était pas la candidate favorite de ces départements et territoires au premier tour de l’élection, qui avait plutôt (largement) tendance à placer Jean-Luc Mélenchon en tête. Il avait ainsi obtenu 56,2% des suffrages en Guadeloupe, 53,1% en Martinique, 50,6% en Guyane et 40,3% à la Réunion.

Par ailleurs, dans une configuration identique, le second tour de l’élection présidentielle de 2017 avait connu une issue tout à fait différente. Ainsi, la candidate d’extrême droite avait recueilli 24,87 % des voix en Guadeloupe et 22,45 % en Martinique.
Deux constats peuvent ainsi être faits : le transfert de voies a été majeur des électeur.rice.s de la France Insoumise envers la candidate d’extrême droite, d’abord, et d’autre part, on peut parler d’un véritable divorce des outre-mers avec le président sortant.

Une situation préoccupante en outre-mer : de l’expression d’un rejet de la politique sanitaire à celle de tout un système.

Difficile dès lors de ne pas voir dans ces résultats une contestation forte dans les territoires d’outre-mer.
Contestation, certes, mais encore faut-il déterminer avec certitude l’objet et la cause de cette contestation. Peut-on, par ailleurs, uniformiser l’analyse en traitant de la situation des outre-mers ?

Ces dernières années, et a fortiori ces derniers mois, la contestation a grandi dans un certain nombre de territoires. Ainsi, des manifestations avaient éclaté notamment en Guadeloupe, en Martinique et sur l’Île de la Réunion en 2021 pour contester la politique sanitaire et la campagne vaccinale menées par le gouvernement. Des manifestations avaient aussi visé, en Guadeloupe, le prix extrêmement élevé de la nourriture, ainsi que le taux de chômage extrêmement élevé (35%).
C’est ainsi sur fond d’un mécontentement social très élevé que s’est déroulée l’élection présidentielle. Emmanuel Macron, qui incarnait le renouveau en 2017, et qui avait obtenu de bons scores en outre-mer, ne pouvait plus se prévaloir d’incarner ce changement. Pis encore, son mandat a creusé la fracture et la rupture du lien entre l’État et les collectivités d’Outremer, sous l’impulsion de l’opposition farouche de la population à la politique vaccinale et sanitaire autoritaire.

Une fracture ancienne et profonde

Il serait faux et de mauvaise foi de dire que le président sortant serait à l’origine de la fracture sociale. Celle-ci est plus ancienne, et se traduit par des inégalités économiques, sociales structurelles et criantes. L’État, en tant que machine institutionnelle, est directement visé par la contestation des habitant.e.s de ces territoires.

Par ailleurs, l’échec d’Emmanuel Macron réside dans son incapacité, malgré une déclaration d’avril 2018 dans laquelle il se disait favorable à la réalisation d’un mémorial des victimes de l’esclavage, à comprendre et à répondre aux préoccupations mémorielles et historiques des outre-mers.

Comme le montre le taux d’abstention élevé dans les collectivités d’outre-mer, le score obtenu par le Rassemblement national n’est donc pas tant un vote d’adhésion claire à un programme que l’expression d’une contestation et d’une fracture sanitaires et sociales, sur fond d’une rupture mémorielle.

En définitive, le sentiment de rupture et la complexité des relations entre l’hexagone, l’État et les outremers est le fruit très ancré d’une histoire compliquée, cause d’un ressentiment exacerbé par l’incapacité, prolongée, de l’État à assurer l’égalité entre tou.te.s ses citoyen.ne.s, de métropole et d’outre-mer.


Sources :
article de RFI sur les résultats de Marine Le Pen en outre-mer
article de Public Sénat sur la comparaison entre le second tour de 2017 et de 2022
article du Monde sur la fracture entre l’État et les outre-mers

 

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