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Émeutes en Suède : l’extrême droite progresse en Europe

L’extrême droite est décidément d’actualité en Europe. Moins d’une semaine après la qualification pour la deuxième fois consécutive de Marine Le Pen au second tour des présidentielles françaises, c’est en suède qu’un groupuscule d’extrême droite, « Stram Kurs » ou Ligne Dure en français, a fait parler de lui.

Son dirigeant, le dano-suédois Rasmus Paludan, a causé une vague d’émeutes dans plusieurs grandes villes du pays à l’occasion d’une tournée anti-islam organisée entre le 14 et le 19 avril. À chacune des manifestations qu’il a organisées ou planifiées, dans des quartiers à forte population musulmane, de violents affrontements ont opposé des contre-manifestants aux forces de police. Bilan de ces émeutes : 40 blessés dont 26 policiers et 3 citoyens blessés par balle suite à des tirs de sommation qui auraient ricoché, sans compter les dégâts matériels, en particulier visant des véhicules de police.

La police prise pour cible

Si les forces de l’ordre sont aussi touchées, c’est qu’elles ont été prises pour cible par les contre-manifestants pour ce qui a été interprété comme de la complaisance vis-à-vis du leader d’extrême droite. Ses rassemblements avaient en effet été autorisés par les autorités au nom de la liberté d’expression et la police déployée préventivement pour en assurer la sécurité. C’est donc sur elle que s’est concentrée la colère générée par ces manifestations qu’elle protégeait. Un constat partagé par le commandant des opérations spéciales Jonas Hysing, qui a déclaré lors d’une conférence de presse : « Beaucoup de choses suggèrent que c’était la police qui était la cible principale, plutôt que les organisateurs ». Une colère dirigée contre des autorités qui cautionnent ces provocations plus que contre leur auteur.

Dédiabolisation de l’extrême droite

Rasmus Paludan n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Condamné au Danemark pour injure raciste, il est notamment connu pour brûler des exemplaires du Coran – acte réitéré samedi 16 avril à Malmö. Il a même été arrêté en France en novembre 2020 et expulsé pour avoir projeter d’organiser un de ces autodafés sous l’Arc de Triomphe malgré l’interdiction de manifester alors en vigueur. 

Mais, si certains de ses projets ont déjà été autorisés par le passé, et ce malgré les tensions qu’ils ont générées, le cas suédois peut paraître étonnant. En effet, le 28 août 2020, ce même Rasmus Paludan avait non seulement été empêché d’entrer sur le territoire suédois où il comptait déjà organiser un événement anti-islam, mais il a aussi été interdit de territoire pour deux ans. Dans la foulée, des sympathisants de « Stram Kurs » s’étaient filmés en brûlant un Coran devant une mosquée de Malmö, provoquant déjà des affrontements avec la police et l’incendie de voitures.

Le Parti social-démocrate au pouvoir a adopté un discours fermement opposé à l’immigration.

Comment expliquer un tel revirement en moins de deux ans ? On peut y voir les effets d’un virage idéologique anti-immigration en Suède depuis une dizaine d’années. Au point que le Parti social-démocrate au pouvoir a adopté un discours fermement opposé à l’immigration. L’extrême droite suédoise a en effet su imposer son agenda aux autres forces politiques du pays, et un parti incarne bien cette stratégie : les Démocrates de Suède (SD), parti d’extrême droite issu de la mouvance néonazie. Depuis 2005, il mène une stratégie de dédiabolisation qui a fini par porter ses fruits.

Après être entré au parlement en 2010, le parti obtient 17,6% des suffrages aux législatives de 2018, devenant une force incontournable pour le parti conservateur des Modérés, qui talonne les sociaux-démocrates au pouvoir et pourraient les remplacer à l’occasion des législatives de septembre 2022, en s’alliant avec SD.
Les élections à venir sont donc lourdes d’enjeux tant elles risquent d’être disputées, et si les partis sociaux-démocrates ont reconquis ces dernières années le pouvoir en Scandinavie, la Suède pourrait porter au pouvoir dans quelques mois une coalition comprenant un parti d’extrême-droite.

C’est d’ailleurs dans l’optique de ces élections, auxquelles il souhaite concourir après avoir déjà échoué au Danemark, que Rasmus Paludan a organisé sa tournée suédoise. Il doit toutefois encore réunir le nombre adéquat de signatures… Quoi qu’il en soit, de ces émeutes au score historique du RN aux présidentielles dimanche, tout porte à croire que l’extrême droite pèse de plus en plus en Europe de l’Ouest.

 

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