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Sound of Metal : Entre musique et guérison, un film hors-normes

En juin 2021 sort en France Sound of Metal, de Darius Marder, c’est la première fois que je vis au cinéma le thème de la surdité.  

(Attention : cet article contient des SPOILERS)

Sound of Metal s’ouvre sur un morceau de métal, joué en concert par Ruben, batteur, et Lou, bassiste et chanteuse, respectivement interprétés par Riz Ahmed et Olivia Cooke. A cette ambiance lourde et cacophonique (du moins pour celles et ceux qui, comme moi, ne sont pas des adeptes de ce genre de musique), se succèdent des scènes beaucoup plus douces : le réveil de Lou et Ruben dans leur van aménagé, une petite danse sur une musique d’amour des années 80, leurs conversations sur la route… La relation tissée par ces deux personnages est l’un des points centraux du film. 

Quelques minutes plus tard, lors de l’installation d’un stand de vente, un bruit blanc strident se fait entendre, se superposant aux discussions. On comprend alors que dans ce film nous allons perdre l’audition tout comme lui. Dans la scène de concert qui suit, le bruit blanc couvre complètement la musique, donnant à voir Ruben jouant en silence.

Juste après le concert (©Sound of Metal, 2019, Darius Marder)

Voilà les éléments de base du film. On peut déjà constater son caractère « hors-normes » : par ses sujets, deux jeunes musiciens assez marginaux, formant communauté à deux, et par son sujet, la surdité, peu traitée au cinéma. En mettant en scène le parcours de « guérison » de Ruben, le film donne aussi à voir les différents dilemmes qui le tiraillent : la nécessité d’abandonner la musique dans un premier temps, pour ne pas davantage endommager son audition, puis de se séparer, du moins temporairement, de Lou, pour réapprendre à vivre dans une communauté de personnes sourdes et malentendantes.

Le créateur et responsable de cette communauté, Joe, interprété par Paul Raci, constitue le troisième personnage clef du film. Alors que Lou est dépassée par la situation, Joe trouve les mots justes pour convaincre Ruben de rejoindre leur collectivité. Une collectivité en non-mixité sourde. Joe prône en effet une pensée inattendue, pour lui la surdité n’a pas à être considérée comme un handicap, il faut vivre avec et non contre, d’où la nécessité de ne pas forcer les personnes sourdes à vivre avec des gens qui ne fonctionnent pas comme elles. 

Reconnection avec le monde (©Sound of Metal, 2019, Darius Marder)

Le film présente donc ce qu’est une vie en communauté sans langage oral. Ruben y apprend la langue des signes, il accepte peu à peu sa situation et participe aux enseignements du centre. Il renoue même avec la musique en apprenant la batterie aux enfants, accordant plus d’importance aux vibrations qu’aux sons. 
Toutefois, le parcours de Ruben s’éloigne clairement d’un parcours de guérison « classique », il n’y est pas question de « vaincre la maladie » ou « ses démons ». Sound of Metal est un film à dilemmes, et le propre du dilemme est de ne pas être manichéen, il ne s’agit pas d’un choix entre un bon et un mauvais chemin. Lorsque Ruben décide finalement de se faire opérer, Joe lui demande de partir du centre, considérant en quelque sorte que Ruben ne fait plus partie de la communauté sourde, lui rappelant du même coup qu’il y a «d’autres vies en jeu ». Pour autant, Joe ne se permet pas de juger le choix de Ruben, il en est déçu, et doit agir en conséquence, mais ne le blâme pas. 

Dans les « autres vies en jeu », il y a aussi celle de Lou, qui était intimement liée à celle de Ruben, pour le meilleur comme pour le pire. C’est aussi un des sujets explorés, et il est particulièrement central à la fin du film, mais je vous laisse découvrir ce point-là.

Un moment de sérénité (©Sound of Metal, 2019, Darius Marder)

Alors par l’expression « un film hors-normes », j’entends par là un film qui explore des chemins non tracés, un film qui déroute donc. Sound of Metal ne se contente pas de représenter la vie d’une personne sourde, il tente de donner à vivre et à ressentir la perte d’audition, et la détresse que cela représente. J’ai rarement vu un film avec un traitement du son aussi crucial et travaillé. Le jeu d’acteur de Paul Raci, Olivia Cooke et Riz Ahmed est aussi superbe et contribue grandement à l’immersion dans ce film. Plutôt qu’un parcours de guérison « inspirant », Sound of Metal correspond davantage à un témoignage étonnant.

 

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