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FESTEN : mettre en scène l’implosion du carcan familial

Un quatuor étouffant © Festen (1998), Thomas Vinterberg 

Dès la première scène,  Festen choque par son rapport aux images: chaque plan est une nouvelle trouvaille audacieuse. La créativité ne se trouve non pas par des moyens faramineux mais plutôt par l’expérimentation d’un nouvel outil: la caméra numérique. S’inscrivant dans les principes du Dogme951, Vinterberg exploite donc une nouvelle esthétique à travers un film unique et glaçant. 

Cette recherche formelle ne prend jamais le pas sur l’histoire et participe au contraire au malaise ambiant de ce dîner de famille étouffant. 

Festen suit l’histoire de Christian, fils aîné qui retourne dans la maison familiale, accompagné de ses frères et sœurs et de nombreux invités pour célébrer l’anniversaire de son père. Le repas tourne au drame lorsque le fils révèle des secrets de famille qui viennent apporter un nouvel éclairage sur le décès de sa sœur. 

Thomas Vinterberg fait du peu de moyens une force, en mettant en valeur le jeu des acteurs, au lieu d’une lumière très travaillée. La caméra, au plus près des visages, tourbillonne furieusement avec ces personnages, toujours au bord de la crise de nerfs. Nous nous retrouvons, malgré nous, embarqués dans ce drame familial. Le solide casting parvient ainsi à donner une profondeur au film. Qu’ils pleurent ou qu’ils crient ou bien qu’ils restent statiques, nous croyons en leur douleur. Vinterberg parvient à trouver un équilibre entre crudité et pudeur en jouant sur la force de ses acteurs qui sont toujours très justes.

Le cinéaste parvient aussi à échapper au pathos en mettant en avant une certaine ironie. Face aux révélations glaçantes du fils aîné, la foule de convives rit, chante et tente de se distraire. Christian comme Vinterberg rejette le divertissement : la vérité éclate sans les fards d’une lumière artificielle mais plutôt à travers le bouillonnement de la mise en scène. La caméra est en effet très mobile: Vinterberg multiplie les angles de vues innovants, facilités par une caméra numérique plus agile. 

Festen est donc un coup de poing, à l’esthétique novatrice. Son aspect âpre en rebutera plus d’un mais le film vaut la peine de s’y confronter. 

1 Le Dogme95 est un mouvement cinématographique initié par les réalisateurs Lars Von Trier et Thomas Vinterberg. Il s’oppose à une industrie cinématographique usant et abusant des effets spéciaux.