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Casino, le film qui a mythifié Las Vegas

Las Vegas est l’une des villes les plus filmées du cinéma américain. Associée à la démesure, aux jeux d’argent, aux casinos et à la fête, elle est l’allégorie parfaite du jardin d’Eden, un lieu merveilleux où tout coulerait à flots. Dans l’imaginaire collectif, quand on pense à Vegas, on pense à l’ambiance festive, à un échappatoire au milieu du désert, et à des lieux mythiques comme le Caesars Palace ou les fontaines du Bellagio. Mais on pense aussi et surtout à des films mythiques. Dès les années 1930, Vegas devient un lieu de tournage mais elle ne restera pas longtemps juste un décor, puisque rapidement la ville devient partie intégrante de certains films. 

On observe une double inspiration entre le cinéma et Las Vegas. En effet, le cinéma s’est inspiré de cette sin city, lieu idéal pour les films de mafia et de gangster mais Vegas est devenue Vegas, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, grâce à tout ce cinéma. Parmi les films fondateurs de l’image de Vegas, on peut citer Viva Las Vegas de George Sidney, une œuvre musicale avec Elvis Presley, qui deviendra une icône de la ville grâce à ses spectacles mais aussi grâce à ce film. Elvis c’est les paillettes, les shows, le clinquant. Il y a à Vegas cette idée d’ornement, de fantasme rendu possible grâce au décor. Vegas est le cadre parfait, mais aussi une ville d’apparat en elle-même. Comme dans les coulisses d’un théâtre, il y a dans la ville des faux immeubles, des trompes-l’œil, le film One From The Heart de Coppola montre très bien cet amas de décors, de bric-à-brac, qui rendent Vegas si spéciale. Il faut attirer l’œil, rendre l’expérience ludique, se mélangent alors des centaines d’esthétiques et d’influences. Vegas n’est pas une ville pour les minimalistes, entre le Caesars Palace, la Tour Eiffel et l’Excalibur Hotel, il y a une abondance de différentes époques et architectures, qui fait de la ville un méli-mélo d’univers fantasmés. 

La décharge où Hank travaille dans ©One From The Heart (1982) Francis Ford Coppola, un lieu à l’allure surréaliste, une décharge de rêves.

Parmi les nombreuses œuvres filmées à Vegas ou ayant pour décor un de ces lieux mythiques, on dégage deux intentions. La première est de montrer ce qu’est la vie dans cette ville, c’est-à-dire les trafics, la drogue et les jeux, et la deuxième consiste à montrer la dangerosité de ce lieu. Souvent, les deux intentions se mélangent, on montre la montée et la redescente, l’euphorie de la découverte du lieu puis la prise de conscience : ce lieu est un endroit dangereux, où le personnage ne pourra pas se réaliser pleinement.

Affiche de ©Casino (1995) Martin Scorcese

En 1995 sort un film majeur, Casino. Le film de Scorsese a indéniablement servi à la mythification et à la renommée de Las Vegas, et ce n’est pourtant pas un glorieux portrait qu’il dépeint. C’est la deuxième fois, après Les Affranchis, que Scorsese met en images un roman de Nicholas Pileggi. Si certains critiques ont parlé d’une retranscription des wiseguys à Vegas, les deux films sont bien différents. Casino fait partie de ces films parfaits de bout en bout. Les costumes, les décors, tout est fait pour faire du film une fresque réaliste de la vie de Ace Rothstein. On peut parler pour Casino de fresque parce que le film, qui dure tout de même cent soixante-dix-huit minutes, ne contient pas d’intrigue au sens strict du terme. Bien que les vies de Sam Rothstein et Nicky Santoro soient loin d’être ordinaires, il n’y a pas un élément déclencheur particulier qui nécessiterait de faire de leur vie un film, leur existence est déjà une œuvre de fiction. En 1995 quand sort le film, la pègre a quitté les lieux, Vegas n’est plus que le Disneyland décrié par Ace Rothstein à la fin du film. Casino est en quelque sorte le dernier moment de criminalité assumé de Vegas, avant son altération. Dès le générique, réalisé par Saul Bass, évidemment, on comprend qu’on parlera d’une descente aux enfers. L’utilisation de la composition de Bach La Passion selon Saint Matthieu, ne fait que renforcer cette tragique symphonie visuelle. Une impression de fatalité ressort, ce ne sont pas des billets ou des roulettes qui sont montrés, mais ces néons, ces impressions de lumières comme quand on roule vite et que les phares des voitures apparaissent au loin. Et puis la ville lumière émerge de ce désert noir, comme si elle était sous cloche, comme si elle se suffisait à elle même. La théâtralité du film est indéniable, on assiste, grâce à la mise en scène, à des séquences presque bibliques dans la composition.

La dualité ne cessera d’être représentée. Entre le casino, la ville, le visible, et le désert, une sorte d’arrière boutique de Las Vegas, là où les corps sont enterrés. La dualité c’est aussi celle entre Ace et Nicky, dans cette double narration en voix-off qui jusqu’à la fin, fait de Casino un conte. Dans Casino, Las Vegas est un lieu de crime, d’argent, de politique. Le casino est l’emblème de tous les vices. Le velours rouge, les robes de soirées et les costumes, les Cadillac et les piscines, sont restés gravés dans la vision collective de Las Vegas. Dans Casino, c’est le spectateur qui découvre les merveilles de la ville, les personnages eux, s’épanouissent déjà dans cet univers. 

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