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Black Bear: Méta-film labyrinthique et envoûtant

Une jeune femme en maillot de bain rouge écarlate contemple un lac au petit matin. C’est avec cette image simple et pourtant mystérieuse que tout commence. Plus qu’une histoire d’amour, de jalousie ou une simple réflexion sur la portée du récit, Black Bear revient sur les origines même de la création.  

Le long-métrage de Laurence Michael Levin suit le personnage d’Allison, scénariste en retraite artistique pour essayer d’échapper au syndrôme de la page blanche. Elle est accueillie par un couple en pleine crise, Gabe et Blair, dans un châlet cosy en pleine nature. Loin de la tranquillité attendue, la jeune femme se retrouve au coeur d’une dispute mouvementée. 

Black Bear nous mène de surprises en surprises sans pour autant compromettre la caractérisation de ses personnages. Les dialogues savoureux, interprétés notamment par une Aubrey Plaza aussi touchante que drôle, donnent une certaine authenticité au film. Levin n’hésite pourtant pas à manipuler notre perception de la réalité. L’attention au rythme de la langue et aux effets de répétitions et d’écho nous montre l’attention que le réalisateur, également scénariste, porte à son histoire. Le décor du châlet ainsi que le choix du huis-clos permettent aussi de maintenir cette tension anxiogène et ce rapport ambigu à la réalité. 

Allison (Aubrey Plaza) se confrontant à la page blanche dans un décor trop beau pour être vrai © Black Bear, 2020,  Laurence Michael Levin

*SPOILERS*

Il est difficile de réellement parler de Black Bear sans mentionner son retournement de situation étonnant. Après une bonne quarantaine de minutes, les cartes sont rebattues: on retrouve le trio, mais cette fois-ci, nous voici sur un plateau de tournage. Le couple n’est plus formé de Blair et Gabe mais de Gabe et Allison. L’histoire que nous avons vu durant la première moitié du long-métrage, n’est autre que l’intrigue du film qui est à présent en train d’être tourné devant nous. 

Cette mise en abyme vertigineuse n’est pas simplement un exercice de style et propose une réelle réflexion sur le rôle du scénariste/réalisateur. A quel point celui-ci devrait-il puiser dans sa propre vie pour alimenter ses créations ?  C’est là un des enjeux de Black Bear, thriller intelligent donc mais qui ne néglige pas pour autant quelques traits d’humour qui feront sourire ceux d’entre nous qui avons déjà eu l’expérience d’un tournage. 

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